On pensait que le conducteur Jason Statham passerait la troisième vitesse avec ce dernier opus de la franchise Le Transporteur, mais il reste désespérément au point mort.
Le Transporteur casse-cou Franck Martin coule des jours heureux dans sa demeure de Marseille mais la tranquillité va rapidement s'estomper lorsqu'un client tenace et plutôt persuasif l'oblige de force à remplir un contrat : sa mission est de convoyer deux mystérieux sacs et une jeune femme ukrainienne vers la ville d'Odessa. Et pour être sûr que l'employé ne déroge pas à sa tâche, celui-ci est muni d'un bracelet explosif relié à un émetteur dissimulé dans sa voiture. S'il lui prend l'envie de s'éloigner un peu trop de l'engin… boum !
Sûr qu'au moment d'écrire le scénario du
Transporteur 3,
Luc Besson a vu les résultats d'
Hyper Tension – autre production avec sa star
Jason Statham – et l'enthousiasme que le gremlin fou de
Mark Neveldine et
Brian Taylor a provoqué sur son cœur de cible. Il y a de la concurrence dans l'air et tous les moyens sont bons pour rester au top, alors il n'est pas étonnant de voir notre producteur, adepte du pompage d'idées qui ne sont pas les siennes, reprendre à son compte la trouvaille de la perpétuelle mise en danger du héros via ce fameux anneau menotté à son poignet. Mais encore fallait-il l'exploiter plus intensément, histoire d'apporter un peu de fraîcheur à un produit périmé d'avance.
« Les règles ont changé » dit l'affiche, une manière comme une autre de cacher que l'indigeste franchise d'
EuropaCorp demeure inexorablement la même. Peut importe l'effritement sentimental du roc
Franck Martin (merci
Casino Royale) ou le changement de metteur en scène puisque le tâcheron
Louis Leterrier laisse finalement sa place à l'exécutif maison
Olivier Megaton (
La Sirène Rouge, le reshoot de
Hitman). Un employé modèle qui ne se tenterait pas une sortie de route.
Le Transporteur 3 emprunte donc des sentiers battus avec son lot de bastons grossièrement rattachées à une pseudo-intrigue, ses courses poursuites tirant toujours de plus belle vers le surréalisme, ses blagues moisies, son guignol de flic Tarconi (on se demande encore ce que vient faire là
François Berléand), sa « Transport-Girl » bimbo tapisserie et son méchant… méchant (
Robert Knepper cachetonne en ressortant sa panoplie de mimiques de T-Bag).
Dans la mouvance des précédents, ce troisième volet continue de flotter en dessous du minimum syndical, alors qu'avec un peu de bon vouloir (moyennant finance) il aurait pu facilement se hisser au niveau d'un aimable actionner du samedi soir, si le schéma d'une intrigue avait été tissé, au lieu de jeter tout un tas de trucs de bric et de broc sans logique et d'empiler les séquences risibles (le strip-tease de
Statham). Mais surtout si la forme avait été un tant soit peu soignée : les chorégraphies de
Cory Yuen étaient-elles si mauvaises pour que le réalisateur – se prenant pour
Tony Scott - en fasse un hachis clippesque dégueulasse, pourvoyeur d'un profond mal de crâne qu'amplifie une bande son criarde ? De toute façon comment le film aurait-il pu, avec une gestation propulsée en vitesse lumière afin de surfer sur la vague d'
Hyper Tension, aboutir à un résultat probant ?
Seul détail amusant de l'histoire, constater la présence d'une tentative de sous-texte écologique et d'une dénonciation des organismes industriels polluants dans un métrage issu d'une trilogie pratiquant ouvertement le recyclage cérébral. On rit comme on peut.
Alors qu’il se vante d’innover, Le Transporteur 3 se contente uniquement de se reposer sur ses lauriers. Ainsi reprend-t-il le meilleur (Jason Statham) et le pire (tout le reste) de la saga. Maintenant qu’on a une trilogie, on peut peut-être s’arrêter-là ?