Sans plus attendre ou un film sujet à consacrer Jack Nicholson et Morgan Freeman au panthéon des acteurs hollywoodiens.
Une comédie légère qui précipite d'autant plus son auteur
Rob Reiner à sa chute libre entreprise après
Ghosts of Mississipi, on était en 1995 !
Sans plus attendre, ridicule traduction française de
The Bucket List (une liste de tous les désirs que l'on souhaiterait réaliser au cours de son existence) a pourtant le mérite de connoter l'urgence dans laquelle sont embarquées les deux protagonistes :
Jack Nicholson et
Morgan Freeman. Songeur quant à la présence de deux mastodontes du cinéma hollywoodien dans un projet à l'envergure ridicule, ce film aurait-il pu exister sans eux ? La mise en scène focalise en tous cas notre attention sur les deux stars.
Jack Nicholson est
Jack Nicholson et
Morgan Freeman est
Morgan Freeman, à tel point que l'on outrepasse le rôle prétexte des personnages. Aucune mise en situation, ou si peu, il faut dire qu'on les connaît bien ; les deux sont atteints d'un cancer et se retrouvent en un claquement de doigts lit à lit, dans une même chambre d'hôpital. Les infirmières sont là pour les servir, le lèche-botte du chef d'entreprise incarné par
Jack Nicholson aussi, à l'image d'un régisseur sur un plateau : un café, et « plus salée la soupe aux petits pois s'il vous plaît ». Attention, ça cadre. Faire la tête au carré de
Jack Nicholson, c'est sûr qu'il en rêvait. Il coordonne les souhaits des acteurs, pour créer un ensemble compact et fluide, dans un classicisme traditionniste, mille fois vu et revu.
La morale ne va guère plus loin. Vous connaissez peut-être la blague franchement douteuse : « Qu'est ce qui est toujours blanc chez un noir ? Son patron. » Voilà, en gros, un blanc richissime, il s'est amusé à glisser sur le foutre ses quarante dernières années, il est à présent seul sans attache ni parent, et un noir qui, lui, a choisit de se sacrifier pour offrir à ses enfants ce qu'il n'a pu obtenir au risque de voir la société le bouffer jusqu'à la moelle. Religion, amour, sacrifice, famille : la teigne hollywoodienne, et franchement rien de surprenant. Nos deux cancéreux d'acteurs, dans le même bateau, n'ont plus qu'à lever les voiles et obtenir avant leur mort ce qu'il leur a manqué la vie durant. Cherchant irrémédiablement à nous faire admettre qu'un cancéreux est un homme mort,
Rob Reiner choisit alors de transformer une pseudo convalescence en paradis sur Terre. « On est là pour s'éclater » s'enchante
Jack Nicholson ; parole qui trouvera peut-être un écho parmi les épicuriens du fond de la salle, mais ce n'est pas foudroyant, tout ça.
Cocorico, et peut-être aussi parce que le cinéma américain ne s'est jamais aussi bien porté en France qu'aujourd'hui, leur périple paradisiaque s'arrête sur la côte d'Azur, avant de rebondir sur les Pyramides Egyptiennes, le Taj Mahal indien, un saut en chute libre (décidément
Rob Reiner est mordu) et l'ovale de Minneapolis. On l'aura vite compris, une action en trois temps, d'abord on sympathise, ensuite on s'éclate, et puis le retour à la réalité, le retour au foyer. Même et surtout malade, l'homme a des obligations et des larmes à verser. L'opportunité pour lâcher tout ce qui nous aurait échappé en vol, s'il fallait un marteau pour enfoncer les clous,
Morgan Freeman a gardé une boîte à outils sous le capot. Faisons lui confiance, lui et son acolyte sont maintenant l'égal des dieux, l'Everest est leur Mont Olympe, et
Sans plus attendre, leur sacre : pensé pour eux, impossible sans eux. Rien de bien intéressant dans Sans plus attendre, mis à part un numéro d’acteur taillés pour le commerce.