Francis Veber tente de remettre au goût du jour son propre scénario qu'Edouard Molinaro avait mis en scène en 1973 avec Jacques Brel et Lino Ventura. Le résultat est mitigé mais pas désagréable.
35 ans ! 35 ans que le personnage de François Pignon hante
Francis Veber. C'est-à dire bien avant qu'il ne soit cinéaste avec
Le jouet en 1976. Alors même qu'il n'était encore que scénariste,
Veber voit, en 1973, sa pièce de théâtre
Le contrat mise en scène au cinéma par Edouard Molinaro. A l'époque déjà, le personnage de Jacques Brel s'appelait François Pignon. Six films plus tard, la boucle est bouclée. Après moult aventures, le naïf personnage (célébré dans
Le dîner de cons) revient à son intrigue originelle. En 2008, il n'est plus représentant de commerce mais photographe et les traits de Jacques Brel ont fait place à ceux de
Patrick Timsit. Hormis ces points différentiels, il faut bien avouer qu'il est toujours aussi chiant !
Le film d'Edouard Molinaro étant multi-rediffusé sur les chaînes de toutes sortes à longueur d'année, a-t-on réellement besoin de rappeler la base de
L'Emmerdeur ou la rencontre dans un hôtel d'un dépressif qui vient de se faire larguer par sa femme et d'un tueur à gages censé exécuter un contrat de la fenêtre de sa chambre. On retrouve là tout le comique de situation cher à
Francis Veber dans lequel deux personnages antagonistes vont se rencontrer pour le meilleur et surtout pour le pire. Le fort et le faible, l'habile et le crétin, c'est là toute la thématique que le réalisateur-scénariste déclinera de
La chèvre au
Jaguar, de
Tais-toi ! à
La Doublure. Pourtant, si ce type de comique marche généralement plutôt bien, il est quelque peu ralenti dans cette seconde version de
L'Emmerdeur. Alors, pourquoi ?
Tout d'abord, si la version première était aérée (arrivée à l'hôtel en voiture dans une mise en place qui sait prendre son temps), la seconde s'engonce dans un décor de chambres d'hôtel de carton-pâte dont on sort rarement et qui finit par frôler la claustrophobie. C'est comme si, au lieu de moderniser la mise en scène de
Molinaro,
Francis Veber avait préféré mettre en image sa pièce qui s'est jouée il y a trois ans au théâtre avec les mêmes
Patrick Timsit et
Richard Berry. Le tout devient donc théâtre filmé sans aucune invention de mise en scène, les personnages se contentant de passer inlassablement d'une pièce à l'autre. Bien que
Francis Veber ait su gérer cet espace, ce dernier est vraiment trop restreint pour qu'il en sorte quoi que ce soit d'intéressant. Ensuite, le choix de
Patrick Timsit, qui convenait à la scène de théâtre dans laquelle les sentiments sont exacerbés, s'avère ici pesant, et pour tout dire proche du lourdingue. Contrairement à Jacques Brel, il rend parfois son personnage détestable. Pour finir, on se serait bien passé des quelques gags scatologiques qui égrènent çà et là le film à travers le personnage de
Michel Aumont. Faut-il que celui-ci soit vraiment complice avec le réalisateur qui le fit tourner dans son premier film pour accepter de faire de telles choses au cinéma ? Bien sûr, ça peut faire rire mais ce n'est pas gagné !
Néanmoins, passée la surprise d'une mise en place accélérée (tout le monde connaît déjà le sujet alors pourquoi le répéter encore ?), le film se tient. Certes, il est sans surprise, mais il est aussi d'une efficacité qu'il serait bête de nier. Les dialogues incisifs sont impeccables, le scénario n'admet pas de temps mort et l'interprétation de
Richard Berry est un régal (la scène où il ne contrôle plus ses membres est à mourir de rire). Les seconds rôles sont parfaits et on notera la bonne prestation de
Pascal Elbé en amant psychiatre. Pas de quoi crier aux loups donc puisque le film fait finalement passer un bon moment aux spectateurs. Et
L'Emmerdeur nouvelle version a le mérite de mettre une chose en relief :
Francis Veber n'est définitivement pas un grand metteur en scène mais il possède sa propre musique dont les grands atouts sont les dialogues et le jeu des acteurs. C'est déjà pas mal !
L'Emmerdeur de Francis Veber est un remake plus ou moins utile selon que l'on ait vu ou non la première version de 1973. Néanmoins, malgré une évidente erreur de casting, il reste efficace et sait déclencher rires et sourires sans trop de difficulté.