The Duchess nous emmène dans l'Angleterre du XVIIIème siècle avec le portrait d'une femme qui s'est battue pour échapper aux conventions. Une reconstitution historique bien menée.
Il semblerait que le biopic soit dans l'air du temps. Après
Mesrine,
Coluche et
W., nous retrouvons
The Duchess dans les salles obscures. Adapté du roman biographique d'Amanda Foreman, le film décline sur grand écran la vie de Georgiana Spencer (1757 – 1806), qui n'est autre que l'arrière-arrière-arrière grande-tante de l'adulée Lady Diana. Suite à un arrangement familial, la jeune femme épouse à 17 ans le grand Duc de Devonshire. Bien loin du bonheur qu'elle pensait connaître, celui-ci ne voit en elle qu'un corps fécond ayant le devoir de mettre au monde son fils héritier. Les relations conjugales ne sont pas au beau fixe d'autant plus que la jeune femme peine à lui donner un garçon. Le Duc s'éprend de la meilleure amie de Georgiana et lui impose un ménage à trois. Cette dernière n'acceptera pas la polygamie affichée par son mari et s'éclipsera progressivement de la demeure conjugale, se consacrant tantôt aux jeux, tantôt à la politique, tantôt à Charles Grey, un politicien qu'elle connaît et soutient et qui ne la laisse pas indifférente.
Difficile d'aller voir le film sans quelques appréhensions. Une reconstitution historique est rarement médiocre : elle est maîtrisée ou elle ne l'est pas. Le premier mérite de
The Duchess réside dans sa capacité à échapper au déjà-vu bien que le cinéaste reste fidèle aux « heritage films ». Difficile de faire autrement mais l'effet est probant car le film possède des atouts visuels incontestables (costume et coiffure sophistiqués, tournage en décors naturels là où a vécu la Duchesse). De plus, le traitement du récit de Georgiana révèle une vive émotion.
Saul Dibb parvient à mettre en place une atmosphère lourde et malsaine dans laquelle les règles de bienséance étouffent les sentiments. Il dépeint un monde dans lequel les conventions ne permettent aucun écart de conduite. Pour adapter cette frustration quotidienne, le cinéaste va effectuer une double approche. L'esthétique du film sera au service de Georgiana. Les gros plans et la lumière transcendent la beauté de
Keira Knightley pour atteindre la perfection physique, le côté lisse et inaltérable des apparences dont elle est prisonnière, tandis que la narration aborde le revers de la médaille et torture les personnages de l'intérieur. Un juste équilibre entre l'esthétique et la psychologie des protagonistes qui évite le sur-jeu et la surenchère visuelle.
Les personnages échappent judicieusement aux stéréotypes. Mention spéciale pour les acteurs : le Duc de Devonshire est bien loin de la caricature qu'aurait pu inspirer son personnage. La performance de
Ralph Fiennes permet de dénoncer subtilement la retenue et la sévérité qu'exige le rang social du Duc.
Keira Knightley quant à elle, nuance avec brio son rôle d'épouse, de mère, d'amante, et de femme engagée. Cependant, on pourrait reprocher une absence de prise de risque de la part de
Saul Dibb qui reste dans une parfaite linéarité narrative. Ce n'est pas sans répercussion sur le personnage de Georgiana qui se perd dans un portrait émouvant certes, mais incompatible avec la féminité qu'elle revendique. Il en émane une image empreinte de résignation où finalement on peine à voir son combat sinon par bribe d'élan politique. Une narration plus dynamique et moins ancrée dans sa vie privée aurait permis de mettre en valeur les multiples facettes de sa personnalité.
The Duchess décline les conventions d'une époque dans un style cinématographique conventionnel. Dans cette configuration là, impossible d'y voir éclater la fougue anti-conventionnelle qu'elle est censée incarnée et pour laquelle elle a été l'objet de fascination.
Une reconstitution historique réussie qui, par le combat qu’elle dénonce, s’ancre facilement dans notre réalité. The Duchess nous livre un récit émouvant, peut-être un peu trop au regard du personnage qu’il veut nous fait découvrir.