Robert Zemeckis perfectionne sa technique de performance capture et nous livre La Légende de Beowulf. Verdict sur un film qui s'annonçait épique.
Inspiré d'un poème épique nordique écrit au XIème siècle, Beowulf conte l'histoire de ce guerrier solitaire et notamment son combat héroïque contre Grendel, une bête de l'enfer, la mère de ce démon, puis enfin un terrifiant dragon. Les scénaristes
Neil Gaiman et
Roger Avary ont repris cette légende pour en faire un film de deux heures, finalement bien trop long.
Le film raconte avant tout l'histoire d'hommes face au pouvoir, un pouvoir de domination mérité, maîtrisé, ou non. Le pouvoir de la force, de la religion ou encore du désir. L'entreprise de
La Légende de Beowulf est de montrer tout cela, la manipulation de l'être humain par l'aura de son orgueil et de sa cupidité, bien trop exacerbée et souvent mal justifiée en contrepartie des lourdes conséquences que cela entraîne, et du retour dérisoire que cela rapporte. Des propos très modernes, dans un long-métrage où le fond social contemporain est très présent. Malheureusement, ce qui aurait pu être montré en une heure, l'est en deux, et dans un film aussi mal construit et rythmé, le spectateur se met à s'ennuyer, tant les va-et-vient des personnages sont peu captivants et les motivations peu encourageantes.
Point de
Christophe Lambert ici,
La Légende de Beowulf par
Robert Zemeckis emploie des acteurs virtuels. On retrouve donc les avatars de
Ray Winstone,
Anthony Hopkins,
Robin Wright Penn,
Angelina Jolie,
Alison Lohman et
John Malkovich. On retrouve même
Crispin Glover, alias George McFly, le père de Michael J. Fox dans
Retour vers le Futur, ici méconnaissable dans le rôle du monstre Grendel. Les acteurs n'ont pas seulement prêté leur image, il faut préciser qu'ils ont également joué leurs scènes, mais tous bardés de capteurs pour retransmettre les mouvements aux ordinateurs qui ont ensuite permis de recréer cette réalité, de la même manière que
Tom Hanks en 2004, pour Le Pôle Express, réalisé lui aussi par
Robert Zemeckis.
La qualité graphique est ici ahurissante, le nombre de détails affiché à l'image est réellement impressionnant. Le grain de peau, la barbe, les plis des vêtements, les reflets et les ombres, tout est permis et l'on s'y croirait vraiment. Une des scènes les plus hallucinantes se déroule dans la caverne de Grendel, où Beowulf découvre pour la première fois le diable, incarné par
Angelina Jolie. Lorsque la belle sort de l'eau, les reflets et les mouvements du liquide, de l'or entreposé dans la caverne, le grain de la peau, tout cela est réellement superbe. Le film en images de synthèse fait beaucoup de références aux jeux vidéo, et on pourra y trouver quelques clins d'œil, à des personnages ou des scènes cultes. Lorsqu'
Angelina Jolie apparaît, on pense indubitablement à Lara Croft coiffée de sa célèbre tresse, qu'elle a justement incarnée à deux reprises. Lorsqu'elle marche sur l'eau, on pense à Yuna dans Final Fantasy X, des plans similaires sont utilisés. L'ambiance, les landes, et le dragon font fortement penser à Drakengard. Le dragon justement est un mix entre un certain Godzilla et un Bahamut à carapace doré. Bref, un univers digitalisé qui rend un hommage discret à un médium qui l'a inspiré.
Malheureusement, on peut se demander si tout ceci est bien nécessaire pour raconter cette histoire centrée sur le pouvoir et les préoccupations dominatrices de l'être humain, où les dialogues ont la part belle et où les dilemmes et les émotions profondes priment sur les actions littéralement extraordinaires. La vitrine technologique ne sert pas vraiment le propos, mais reste plutôt une fantaisie, un fantasme de réalisateur, rien de plus. Une technologie ahurissante et maîtrisée, malheureusement au service d’un film long, ennuyeux et peu captivant. Si l’on s’extasie devant l’imagerie de synthèse, ce n’est que pour laisser la place à une moue dubitative face à une histoire mal construite, au rythme réellement éprouvant.