Esther sera-t-il, comme promis, le film le plus terrifiant de l'année ? Peut-être pas le meilleur, mais loin d'être inoubliable.
Ne parvenant pas à se remettre de la mort de son bébé, Kate décide, avec son mari John, d'adopter un orphelin. Alors qu'ils ont déjà deux enfants, Max et Daniel, les parents restent persuadés que l'arrivée d'un troisième chérubin pourra les aider à faire leur deuil. Et lorsqu'ils rencontrent
Esther, cette adorable fille en robe de velours pourvue de bonnes manières, c'est le coup de foudre. Mais une fois installée dans le cocon familial,
Esther dévoilera un autre visage, toujours plus terrifiant, toujours plus diabolique. Qui est-elle vraiment ? D'où vient-elle ? La famille Coleman ne tardera pas à le savoir.
Depuis que les affiches sillonnent les panneaux publicitaires, arguant qu'
Esther est le film le plus terrifiant de l'année, la question se pose : le film mérite-t-il réellement toute cette attention ? Cette petite fille armée d'un visage d'ange et d'un regard acéré saura-t-elle conquérir le public ? Soyons clairs, la promotion faite autour du film en dupera plus d'un. Car ce qui est supposé être un film d'horreur en bonne et due forme s'avère être un genre hybride à mi-chemin entre film d'épouvante et thriller psychologique. Donc les adeptes du gore pourraient bien être déçus. Rubans au cou et aux poignets, couettes et robe désuète,
Esther a le mérite de nous épargner le déjà-vu. Venue de nulle part, atemporelle, cette nouvelle trombine du cinéma sort le grand jeu. La protagoniste se révèle progressivement, donnant corps et épaisseur à une psychologie déjà bien élaborée.
Isabelle Fuhrman est épatante et dégage à elle seule une prestance qui crève l'écran. Capable d'endosser une multitude de faciès différents à l'intérieur d'une même scène, ce petit bout de femme impressionne autant qu'elle effraie. Là où certains verront une ressemblance avec le film La Malédiction, d'autres préfèrent parler d'un film insidieux dans un paysage cinématographique qui nous est familier. La ressemblance avec le jeune Damien résulte dans l'incarnation de la méchanceté à l'état pur. Mais la comparaison s'arrête là, car si le premier film vadrouille au milieu d'une narration irrationnelle,
Esther est un film tout à fait censé (encore que…).
L'enfance, l'âge tendre et innocent par excellence va se retrouver au cœur d'une cruelle dégringolade que même les adultes ne seraient pas prêts d'affronter. Cacher un cadavre, faire voltiger un enfant par-dessus un toboggan… autant de situations qui font froid dans le dos car palpables, réalistes. Et c'est ce réalisme qui donne de la consistance au film outre un scénario bien ficelé. Les péripéties bien orchestrées, s'enchaînent tout en rythme, nous gardant en haleine de bout en bout. Subrepticement l'intrigue se fait jour, nous surprenant toujours plus. Il va sans dire que la véritable identité d'
Esther est plutôt bien amenée ; sans morale aucune, ni éthique et donc, inattendue. Max et Daniel, les deux autres enfants, offrent une interprétation remarquable. La première, sourde, nous offre en sus quelques moments de poésie visuelle grâce au langage des signes qu'elle sculpte harmonieusement de ses mains. Quelques rires nerveux et furtifs viennent apporter des moments de détente au milieu de ce suspense inaltérable.
Jaume Collet-Serra se joue des codes du film d'épouvante. L'effroi est toujours présent au moment où l'on s'y attend le moins, et ponctuellement là où l'on s'y attend le plus histoire de titiller un peu les attentes du spectateur. Sadique, mais tellement jouissif. Bien sûr, le film est loin d'être parfait, certains trouveront la première partie un peu trop conventionnelle, d'autres la fin un peu trop tirée par les cheveux. Mais ce film aux apparences trompeuses garde la face pendant plus de deux heures, et ça c'est quand même plutôt rare.
Esther s'avère être une bonne surprise dans le genre. Atypique et accessible à la fois, il saura renverser les tendances d'un genre connu quand bien même subsisteraient quelques lieux communs.