Avec plusieurs chefs d'œuvres à son actif, Jonathan Demme revient avec un nouveau long-métrage qui ne nous séduira pas autant que ses prédécesseurs.
Kym est en cure de désintox après des années de débauche. A l'occasion du mariage de sa sœur Rachel, elle obtient une autorisation de sortie de quelques jours. Arrivée chez elle, les ressentiments à l'égard de l'ex junkie alternent avec la bonne humeur liée aux préparatifs du mariage. Les fantômes du passé ne se font pas attendre et frappent Kym de plein fouet, faisant éclater une certaine vérité au grand jour. Une vérité qu'ils portent tous comme un fardeau et qu'ils ont refoulée pendant son absence. Rachel ne pardonne pas à sa sœur les années de dépravation qui ont mené leur petit frère à la mort. Le père, quant à lui, ne sait sur quel pied danser malgré son amour pour Kym : confiance ou méfiance ? Le mariage célèbrera l'union de deux êtres mais marquera surtout les retrouvailles funestes d'une famille décomposée de l'intérieur.
Par son titre évocateur,
Rachel se marie sembler appartenir à la catégorie des comédies américaines bluettes. Pourtant, quelque chose nous dit qu'on est loin du formalisme hollywoodien. Car
Jonathan Demme (à qui l'on doit
Philadelphia et
Le silence des agneaux) ne connaît pas les romances pop-corn. Le réalisateur signe la chronique d'une famille morcelée au bord de l'implosion affective. Avec une dramaturgie allant crescendo, notre intérêt ne cesse de grandir à mesure que la pellicule défile devant nos yeux. Ce qu'on prenait pour une mise en scène soporifique au début du film n'est en fait que le temps mort d'une famille qui reprend son souffle après une rude bataille. Car c'est à ce moment là que l'histoire commence ; les événements se sont tassés, le vase vidé. Mais il n'a de cesse de se remplir. Amenant les débordements affectifs avec une certaine brutalité, le cinéaste nous sort rapidement de notre torpeur. Cette dramaturgie menée avec maestria alterne distinctement moments de tension et de détente. Et dans la mesure où
Demme choisi d'adopter une démarche bipolaire, « s'éjectant » d'un extrême à l'autre, le risque de verser dans l'exagération est à prévoir.
Le cinéaste nous présente une famille heureuse jusqu'aux oreilles, comme celle que l'on retrouve dans les publicités pour lessive et dans lesquelles tout le monde s'extasie devant un Tee-shirt propre. Cet archétype de la famille idéale (en apparence) dérange. Au regard du contexte, on ne peut s'empêcher d'y voir d'exaspérantes scènes surjouées plutôt qu'une volonté de varier la tension dramatique. En revanche, le réalisateur se rattrape lors des affrontements familiaux, et
Anne Hathaway s'en tire avec tous les honneurs. Son naturel nous conquit, nous émeut, nous touche. Dans
Rachel se marie, les non-dits nous explosent en pleine figure. Les déchirures du passé refont surface, tantôt avec nervosité, tantôt avec tristesse. Et dans ces moments là, pas de faux-semblants, le cinéaste largue les règles de bienséance. Ne reste qu'un concentré d'émotions pures que la caméra exhale par un cadrage sans cesse en mouvement qui s'approche nerveusement de ces êtres torturés pour s'éloigner aussi sec. Le cadre vertigineux ne se posera pas tant que les esprits ne se reposeront pas. Mais encore une fois, l'exagération l'emporte sur les bonnes intentions.
Jonathan Demme perce avec sa caméra (trop) au « poing » un abcès qui est déjà entrain de crever. Le cadre est disproportionnellement nerveux, démesurément instable. Et nous, on a le tournis.
Malgré un traitement poignant et une tête d'affiche talentueuse, à vouloir trop bien faire Jonathan Demme en fait trop, et oublie l'essentiel : nous.