Dans un monde déshumanisé où l'homme et la machine se confondent, Bruce Willis veille et signe son retour à la science fiction.
Pour parer à la criminalité, le monde ne compte désormais que sur les machines. Exit la discrimination, les complexes et les crimes en tout genre, place à des robots faits sur mesure capables de nous remplacer dans nos tâches quotidiennes : métro, boulot, dodo. Les humains vivent désormais leurs vies par procuration. Dans un monde où les clones ont pris le relais sur l'homme, les meurtres et les accidents n'ont plus lieu d'être, la machine étant interchangeable à l'infini. Alors quand un clone est « assassiné », entraînant avec lui la mort de son opérateur, la communauté s'inquiète. Pour comprendre ce qu'il se passe, un agent du FBI devra quitter sa seconde peau pour affronter un monde hostile où règnent quelques mécontents.
Après avoir (vainement) tenté de revivifier le super-cyborg avec
Terminator 3 : le soulèvement des machines,
Jonathan Mostow signe un nouveau film de science fiction,
Clones, adapté du comic book
Surrogates. Le cinéaste décline sur grand écran un sujet loin d'être inintéressant. A l'heure où Second Life (programme de simulation sociétale virtuelle qui permet de vivre une seconde vie sous la forme d'avatar) a entraîné l'apparition de nouveaux réseaux sociaux (Facebook, Twitter etc…),
Clones apparaît comme une intéressante métaphore sur l'aliénation de l'homme par la technologie. Les effets spéciaux sans être exceptionnels sont probants. Une narration futuriste qui ne s'encombre pas de gadgets inutiles pour dessiner une réalité qui fait froid dans le dos et dans laquelle le spectateur découvre une civilisation réglée à notre époque. Seulement voilà, aborder un sujet aussi sensible et complexe en 1h25 laisse présager une volonté de nous en mettre plein la vue sans trop s'arrêter sur le fond du problème. Totalement dénué d'ambition, sinon celle de remplir honorablement son contrat de divertissement, le film n'est qu'une expéditive traversée du futur, infligeant à la plupart de ses personnages un manque d'épaisseur psychologique désolant.
Mostow s'attache à nous faire un portrait grossier de ce microcosme social censé représenter l'humanité toute entière. Grossier, car sans matière. Et la seule réussite visuelle ne parvient pas à compenser le creux d'une narration stérilisée. Le cinéaste n'a gardé que l'essentiel du livre, les éléments clés d'une narration lambda : introduction, élément perturbateur, dénouement et fin. Le film souffre d'un nombre incalculable de raccourcis scénaristiques qui livrent tous les éléments de l'intrigue avec une facilité désarmante. Avec
Clones,
Bruce Willis marque son retour dans la science fiction qu'il n'avait pas approché depuis près de 10 ans. C'est avec surprise que nous découvrons le clone de l'acteur affublé d'une perruque blonde déstabilisante. Une façade artificielle qu'il impose remarquablement sans jamais verser dans le grotesque. Son véritable « je » quant à lui, se retrouve a contrario dépouillé de sa masse capillaire, pourvu d'une barbe grisonnante et doué d'un jeu solide qui donne un peu de consistance à son personnage. Mais malgré son édifiant retour aux sources, les nombreuses faiblesses du film ne permettront pas à l'acteur de marquer un come-back fracassant.
En dépit d'un sujet intéressant, Jonathan Mostow se contente de raccourcir malhabilement le comic book dont il s'inspire. Reste Bruce Willis qui livre une interprétation à la hauteur de nos espérances.