Jean-Pierre Jeunet signe son sixième long-métrage. De retour derrière la caméra après cinq ans d'absence, le cinéaste montre qu'il n'a rien perdu de sa créativité.
Bazil n'a jamais vraiment eu de chance avec les armes. Devenu orphelin très jeune à cause d'une mine qui a tué son père dans le désert marocain, il est maintenant en sursis depuis qu'une balle s'est malencontreusement logée dans sa tête. Après avoir perdu son travail, il se retrouve à la rue et tente tant bien que mal de subvenir à ses besoins. Alors le jour où il tombe nez à nez devant les deux usines d'armement responsables de ses malheurs, il décide de se venger. Evidemment, c'est loin d'être une mince affaire. Au gré de ses déambulations sur les trottoirs parisiens, il va faire la rencontre d'une bande de rigolos qui possèdent chacun un talent bien particulier : Remington, Calculette, Fracasse, Placard, la Môme Caoutchouc, Petit Pierre et Tambouille. Ensemble ils vont mettre en place un stratagème pour démanteler les deux industries qui ont gâché la vie de Bazil.
Micmacs à tire-larigot est bien un
Jeunet, c'est incontestable. Le cinéaste opte pour un retour aux sources en empruntant à
Delicatessen son univers burlesque et ses personnages plus qu'atypiques. Les dominantes vertes et rouges qui nous ont tant plu dans
Le Fabuleux destin d'Amélie Poulain sont laissées au vestiaire au profit d'une atmosphère plus sombre mais tout aussi poétique. Pourtant, la priorité est ici donnée à la mise en scène de l'espace. Paris, personnage à part entière, avec ses nombreux plans d'ensemble, ses ponts et ses gares, est transcendée par la caméra de façon à ne jamais desservir la narration. Car c'est à l'intérieur de ces grands espaces urbains que s'organise la vengeance de Bazil. Notre œil furète la grande toile, scrutant les situations rocambolesques qui s'emboîtent et s'enchaînent dans une mécanique impeccable. Servi par une brochette d'acteurs talentueux, le film se laisse bercer par les références d'antan où Buster Keaton semble avoir laissé des traces. A l'instar de cette figure du burlesque, Dany Boon arbore une mine triste et mise sur le comique des gestes, sur les gags déclenchés par le détournement des objets pour susciter le rire. Les autres acteurs ne sont pas en reste :
Omar Sy déclenche l'hilarité générale en prononçant avec le plus grand sérieux les célèbres dictons qui font la réputation de notre langue française, tandis que
Dominique Pinon, fidèle à lui-même, opte pour un style à la fois drôle, vif et grave parsemé de mimiques toujours aussi plaisantes. On regrettera toutefois une
Yolande Moreau et un
Jean-Pierre Marielle un tantinet sous-exploités.
Il va sans dire que l'imagination du cinéaste n'est pas en berne. La magie du film, esquissée par une photographie édulcorée, n'aurait pas pu s'opérer sans cette bande de singuliers farceurs. Armés de leurs objets recyclés, ils prennent leur vengeance avec le plus grand sérieux, tandis que l'absurde des situations titille nos zygomatiques. Et c'est ce qui rend ces personnages attachants. Car ces doux rêveurs n'ont finalement pour arme que l'ingénuité qui les habite et qui les rend inconscient du danger qu'ils affrontent. Pourtant, à force de miser sur le caractère unique des protagonistes où chacun est à l'œuvre de son propre talent,
Jean-Pierre Jeunet les empêche de prendre de l'épaisseur. Cantonnés aux clichés qu'ils représentent, on ne saura jamais rien d'eux. A croire que la (trop) parfaite complémentarité entre les protagonistes relève d'avantage d'une volonté de cataloguer une série de performances narratives, que de faire preuve d'une réelle démarche créative. Mais qu'importe, on se laisse séduire par l'anticonformisme qui porte le film de bout en bout et qui se fait encore trop rare dans le paysage cinématographique français.
Micmacs à tire-larigot n'est sans doute pas le meilleur film de Jean-Pierre Jeunet mais, l'originalité étant toujours de mise, on se laisse sans peine embarquer par ce joyeux bordel.