La vérité est-elle toujours bonne à entendre ? Est-elle celle que l'on croit ? Katherine Heigl laisse sa blouse blanche au vestiaire le temps de remettre les pendules à l'heure.
Abby Richter est productrice d'un journal d'information. Bosseuse invétérée, elle ne perd pas son temps en rencontres inutiles et en amourettes futiles. Aussi bien organisée au boulot que dans sa vie personnelle, elle ne voit que des hommes sélectionnés sur la toile selon critères bien précis : ceux de l'homme idéal. Utopique. D'autant plus que son caractère psychorigide en fait fuir plus d'un. Alors que l'audience de l'émission qu'elle produit baisse considérablement, le patron de la chaîne embauche un animateur expert en relations humaines, Mike Chadway. Personnage controversé des plateaux de télévision, il fait rapidement remonter l'audimat en énonçant quotidiennement des vérités qui sont loin de plaire à notre productrice : les hommes sont incapables d'évoluer et ne sont intéressés que par une chose… enfin, vous savez. Les deux collaborateurs peinent à trouver un terrain d'entente, jusqu'au jour où Abby rencontre son nouveau voisin, un chirurgien, et tombe sous le charme. Bien forcée d'admettre qu'elle s'y prend mal avec les hommes, elle met Mike au défi de l'aider à conquérir l'homme qu'elle convoite. Et contre toute attente, les théories effarantes de l'animateur semblent se confirmer.
Au premier abord,
L'Abominable vérité semble vaciller entre guimauve dégoulinante et ferveur grandiloquente. Il suffit de regarder l'affiche. Et pourtant, derrière son combat simpliste « hommes obsédés vs femmes psychorigides » se cachent des vérités sous-entendues par l'échec de son contraire. Des contre-vérités qui balaient d'un revers de main les clichés qu'on veut nous faire avaler à coup de « les hommes préfèrent voir des femmes s'adonner à un combat de catch dans une piscine remplie de gelée de fraise plutôt que de dîner aux chandelles ». Les attaques ne volent pas haut, on est bien d'accord. Toujours est-il que l'homme et la femme, réduits à leurs plus stricts clichés, se révèlent être des individus originaux qui sont à mille lieues des bluettes made in Hollywood. Exit donc le mythe du prince charmant qu'on nous injecte habituellement par intraveineuse jusqu'à l'overdose, place à la testostérone assumée. Et cette prétendue vérité assoit la narration sans trop faire de casse. Les dialogues sont d'un délice exquis et se dégustent sans modération, nous plongeant très vite dans un état d'ivresse exaltante. Osés, décalés, parfois tordants (on retiendra surtout la séquence culte du restaurant), les répliques et le comique des situations ne versent jamais dans l'humour gras, pas plus que dans le grotesque. Le rire est franc et unanime, on commence à y croire.
Katherine Heigl toujours aussi pétillante n'a pas peur du ridicule… et elle s'en donne à cœur joie. Après
En cloque, mode d'emploi et
27 robes, l'actrice ne fait que confirmer sa propension à jouer des rôles comiques où les personnalités qu'elle galvanise nous séduisent. Dans L'abominable vérité,
Robert Luketic revisite les codes amoureux et contourne le happy end
ad vitam eternam rose bonbon pour une fin, certes heureuse (Hollywood restera toujours Hollywood), mais nettement plus décalée. Seulement voilà, il y a un « mais » à cet ensemble prometteur : le scénario. La belle qui s'ignore finit par faire émerger la femme fatale qui sommeille en elle, tandis que Mike, le séducteur au cœur de pierre se révèle être un amoureux meurtri. Le couple gagnant reste encore et toujours le même (même si l'on note une volonté de sortir des sentiers battus), et les seconds couteaux toujours aussi empruntés (l'amoureux éconduit est forcément beau et intelligent, la confidente quant à elle n'est jamais très futée etc..). Une routine dangereuse car
L'Abominable vérité épuise rapidement ses ressources et finit par s'essouffler dans la dernière partie, durant laquelle les deux protagonistes cèdent aux clichés tant redoutés. Et pendant ce temps, nos zygomatiques s'impatientent.
Une comédie rafraîchissante qui, à défaut de nous surprendre avec son schéma narratif, nous divertira plus que de raison avec des dialogues et des situations tordants.