Cinq ans après Olivert Twist, Roman Polanski livre un nouveau long métrage sous forme de brillant thriller.
Plusieurs années après avoir livré les académiques
Le Pianiste, consacré aux Oscars, et
Oliver Twist,
Roman Polanski nous présente un nouveau film, terminé dans les conditions que l'on sait. Adapté du roman
L'homme de l'ombre de
Robert Harris, le film nous propose de suivre un nègre embauché par le Premier Ministre anglais afin de terminer le livre sur ses mémoires, débuté par un autre écrivain mort dans des circonstances mystérieuses. Le nègre va vite découvrir des éléments troublants qui vont le pousser petit à petit à mener son enquête…
Après une longue absence,
Roman Polanski revient en grande forme avec ce thriller fort bien maîtrisé, scrutant la petite histoire dans la grande, adressant des messages d'actualité et profitant d'un casting inspiré. En effet, nous proposant de suivre une histoire aux rouages implacables, le réalisateur déjoue les codes du thriller usuel en évitant à tout moment de tomber dans la surenchère d'effets ou d'indices trop gros pour être vrais. Il préfère grandement livrer une mise en scène parfaitement déliée et posée, ne sombrant pas bêtement dans des scènes d'action superflues pour remplir un cahier des charges, préférant plutôt abattre ses cartes calmement, comme un joueur de poker expérimenté. Il réussit à captiver dans un premier temps par la situation délicate de ce nègre et la façon dont il va opérer afin de dénouer ce sac de nœuds, pour nous emmener subrepticement sur un terrain bien plus large, faisant autant écho à la situation internationale actuelle (Tony Blair est accusé des mêmes choses que le personnage de
Pierce Brosnan) qu'à sa propre situation, puisqu'on peut difficilement passer à côté de la parabole effectuée avec ce personnage de nègre exilé sur son île, enfermé.
En ce sens,
The Ghost Writer rappelle quelques illustres oeuvres de la propre filmographie du cinéaste par ce ton pessimiste et sombre, bien véhiculé par l'oppressante demeure grisâtre et le climat incessamment pluvieux qui règne sur ce lieu à l'écart de tout.
Roman Polanski parvient à livrer un véritable thriller paranoïaque aussi classique que redoutablement malin ; le fait de se concentrer sur le seul point de vue du nègre permet d'éviter les écueils trop facilement empruntables dans ce genre de récit, laissant l'artillerie lourde au placard. Soin du cadre, rythme parfaitement calculé, histoire très bien exploitée ou encore direction d'acteurs brillante sont autant d'ingrédients qui font de
The Ghost Writer un des meilleurs films de
Roman Polanski, délaissant ainsi l'académisme prédominant de ses dernières œuvres pour livrer quelque chose de plus personnel. Si le canevas prend si bien, on le doit donc également aux comédiens, tous parfaits dans leurs rôles, la trop peu mise en avant
Olivia Williams pouvant ici briller dans un rôle plus complexe qu'il ne peut en avoir l'air de prime abord. Dans le rôle principal,
Ewan McGregor livre lui aussi l'une de ses plus remarquables performances, d'une sobriété précieuse contrebalançant efficacement avec un
Pierce Brosnan peut-être peu présent, mais abordant l'énergie nécessaire pour remplir ce rôle d'homme politique sous pression.
The Ghost Writer est un vrai plaisir de cinéphile, apte à supporter plusieurs visions grâce à son récit ô combien intelligent dont on peut appréhender la résolution par la petite ou la grande lorgnette, c'est-à-dire pour son aspect ludique certain ou son propos sous-jacent prêtant plus à réflexion.
Roman Polanski signe un thriller aussi intelligent qu'efficace, porté par un casting en grande forme.