Dans Duplicity, deux espions amoureux sont dans le même bateau. Lequel tombera à l'eau ?
Un ancien agent du MI6, une autre du FBI, reconvertis dans le privé, joignent ensemble leurs efforts pour mettre la main sur la formule d'un mystérieux produit révolutionnaire que se disputent deux sociétés adverses désireuses de trôner en tête de la concurrence. Chacun est infiltré au plus profond dans les arcanes secrets du service de protection de chaque groupe, mais l'un et l'autre peuvent-ils se faire réellement confiance ? Les partenaires n'essayent-ils pas de s'escroquer mutuellement? Qui roule vraiment pour qui ? Qui est le pigeon ? Qui tient la carotte dans ce récit à tiroir dans la tradition du film d'arnaque où la certitude est la plus sûre des apparences derrière lesquelles se cachent les manipulations et fourberies d'une mare industrielle remplie de requins ? Finie l'époque des espions œuvrant pour l'idéologie de régimes gouvernementaux, les administrations politiques ont laissé le pouvoir aux industries et la croyance en des principes s'est envolée au doux appel du sacro-saint dollar.

Triste constat qui n'empêche pas
Tony Gilroy de s'en amuser avec sa deuxième œuvre en tant que réalisateur faisant suite au remarqué
Michael Clayton, plutôt bon élève. Sauf que lui prenait très au sérieux son observation des couloirs cachés des entreprises « voyous », par rapport à un
Duplicity penchant ouvertement sur le flanc du récréatif et de la décontraction. Un revirement de ton exécuté à 180 degrés pour le scénariste de la trilogie Jason Bourne, s'amusant à construire un jeu de dupes glamour entre le couple de stars
Clive Owen et
Julia Roberts, effectuant son grand retour sur le devant des projecteurs après une carrière délibérément mise en vieille ces dernières années. Hélas, c'est une réapparition seulement a moitié réussie pour notre Pretty Woman risquant assez peu de retrouver de sa superbe avec un exercice de style pas au meilleur de ses capacités.
Le duo de
Closer, entre adultes consentants ne manque pas de charme ni d'entrain, or il est obligé de composer avec une structure scénaristique limitant sérieusement son interaction : bâti sur d'incessants allers-retours temporels (le présent dévoilant la mise en place du plan, les flashbacks remettant en considération les faits entrevus précédemment),
Duplicity sombre vite dans une douce monotonie répétitive, la finalité des scènes restant sensiblement toujours la même. A l'instar de la sobre mise en scène de
Tony Gilroy (dont les transitions finissent par lasser), passant parfois à côté de l'essentiel d'un sujet censé nous maintenir en alerte tout du long par une succession de leurres et contre-leurres qui devraient demeurer imperceptibles. Devraient. Comment alors entourlouper le spectateur en lui rappelant à outrance qu'il va être le témoin d'une escroquerie en forme de twist final ? Si on ne peut saisir la provenance du coup, en revanche on le sent arriver de loin, ce qui forcément en amoindrit l'impact.
On sort donc de
Duplicity avec un sentiment tempéré : celui d'un aimable petit divertissement pas forcément ennuyeux qui malheureusement n'a pas su jouer tous ses précieux atouts (
Tom Wilkinson et
Paul Giamatti sont presque oubliés) pour complètement remporter la partie.
Charme, beauté et coups tordus sont la dominante de ce thriller sophistiqué moins virtuose et filou qu'il voudrait bien l'être. Julia Roberts et Clive Owen assurent sans trop se mouiller.