John Cusack, auteur SF, adopte un enfant qui vient de Mars : il n'est pas vert, mais il brûle au soleil. Tout un programme.
Dennis vient de Mars. Alors, il met de la crème solaire et des lunettes noires (le soleil lui est néfaste), porte une ceinture de piles pour l'alourdir (la gravité n'est pas assez forte) et ne fait pas un mètre sans son polaroïd, avec lequel il prend tout ce qui bouge (il doit faire un reportage sur la Terre pour les Martiens). Il faut dire que Dennis a un peu de mal avec la réalité, aussi a-t-il quelques difficultés à trouver une famille d'adoption. En face, David est un célèbre auteur de science-fiction qui comptait adopter un enfant avec sa fiancée, mais le projet était tombé à l'eau au décès de celle-ci. Il décide tout de même de prendre Dennis et, aidé de son amie et de sa sœur (qui ne vit pas très bien son rôle de mère), observé par les psys, il va tenter d'expliquer à l'enfant que non, il n'est pas Martien, et que Terrien, c'est quand même pas mal, aussi.

Nous nous retrouvons donc avec deux personnages clairement mal adaptés à la vie normale – l'adulte étant tout de même plus présent. Le gamin est bien dérangé et doit être apprivoisé (dans une scène genre le Renard du Petit Prince), et dans sa volonté de nous montrer sa réhabilitation
Menno Meyjes (scénariste de quelques films de
Steven Spielberg et réalisateur de
Max) finit par nous présenter un cas d'école, « le cas D., ou comment gérer un enfant qui pense venir de Mars ». Oui mais, direz-vous, les enfants c'est mignon-touchant et tout, et les veufs aussi (touchants, du moins). Alors il y a sûrement beaucoup de sentiments. Certes, mais traîner dans le larmoyant n'est pas très excitant, et le défilé de situations de crise/résolution, qui entre parfaitement – reconnaissons-le – dans la présentation du cas psychique, annule toute possibilité pour le spectateur de ressentir autre chose qu'un intérêt poli au début, un ennui détaché ensuite.

L'aspect « fable » de l'histoire est alors annulé. C'est dommage, le film avait un réel potentiel et traitait de la conformité, de l'acceptation difficile de la réalité (et la fuite dans l'imaginaire). L'enfant, qui refuse sa situation, fait des vœux qui se réalisent et se protège du monde qui l'entoure. Déconnecté, il apprend à vivre en regardant les autres, découvre ce que c'est qu'être normal : jouer au baseball et au bowling (on est aux Etats-Unis), répéter ce que disent les adultes, accepter de s'habiller dans des couleurs gaies. Il est vrai que le scenario se fonde sur une nouvelle de David Gerrold qui a remporté plusieurs prix SF prestigieux. L'histoire initiale était donc intéressante, mais le potentiel est gâché par son traitement et le film tombe complètement à côté du sujet, du public (on ne sait pas à qui il s'adresse, d'ailleurs), et de toute répercussion qu'il aurait pu avoir. Il vaut donc mieux éviter ce film, qui laissera en plus un mauvais goût de gâchis. En plus, les acteurs sont des plus anecdotiques.
On ne sait pas trop d'où vient Un enfant pas comme les autres ; de Mars, sans doute, comme Denny. Cela expliquerait l'absence totale de communication film-spectateur.