Redoutées et attendues au tournant, les nouvelles aventures du Cimmérien selon Marcus Nispel penchent-elles du côté de Conan le barbare ou vers connard le barbant ?
Au gré de la divulgation des matériaux promotionnels de
Conan (allant du très moyen au pire), il faut bien avouer que nous nous sommes progressivement désintéressés du soit disant remake de
Marcus Nispel dont nous n'espérions pas une seule seconde qu'il puisse se rapprocher de l'indétrônable chef-d'œuvre de
John Milius. D'où peut-être notre clémence envers le résultat final que certains de nos confrères n'ont pas tardé à lyncher. Mais si nous ne nous posons pas comme le bourreau du film, nous n'en serons pas le défenseur non plus.
Car s'il n'est pas la catastrophe longtemps annoncée (histoire de remettre les compteurs en perspective, rappelons que
Brett Ratner devait initialement s'en charger),
Conan n'est pas exempt du moindre reproche. Dès l'introduction, il devient évident que cette relecture des écrits de Robert E. Howard n'aura pas le même souffle épique que l'œuvre de 1981, ni que le score - assez anecdotique - de
Tyler Bates pourra rivaliser avec les compositions légendaires de
Basil Poledouris. Inutile donc de chercher à faire un parallèle entre ce qui ne peut pas l'être. Si
Conan doit être critiqué, il vaut mieux qu'il le soit sans subjectivisme nostalgique. Sans compter que par certains côtés, la production donne l'impression d'avoir fourni de vrais efforts pour être fidèle à l'esprit du Cimmérien.
Un esprit auquel répond étonnement bien son interprète, le polémique
Jason Momoa, n'essayant jamais de singer la mutisme bodybuildé d'Arnold Schwarzenegger. Animal, caverneux et sardonique, le comédien s'avère même la meilleure surprise de ce reboot réinstaurant sur son trône la figure du mâle macho (un héros qui a des couilles ça nous change un peu de ceux d'aujourd'hui), dans une totale démarche de série Z rigolote et réellement barbare. On reconnaît là les aspirations sanglantes du réalisateur de
Massacre à la tronçonneuse et
Vendredi 13 qui y déverse pas mal de litres d'hémoglobines (et important à préciser : non numériques) lors de décapitations franches et généreuses.
Complètement à l'aise dans les baskets du guerrier vengeur, Momoa n'arrive malheureusement pas toujours à tirer le reste du métrage vers cette attitude moralement moyenâgeuse : la direction artistique est trop propre pour être crédible et les images de
Conan ne rendent pas justice à l'iconographie dantesque des illustrations de Frank Frazetta (pourtant
Pathfinder y arrivait). Bizarrement, on faisait totalement confiance à
Marcus Nispel sur ce point et c'est ici qu'il nous déçoit le plus. A côtés, les défaillances d'un récit maigrichon et parsemé d'illogismes, ne sont que peu de choses en comparaison. Même topo pour l'histoire d'amour programmée avec
Rachel Nichols culminant dans une chouette scène de sexe topless pour s'achever dans une insondable scène d'adieu tombant comme un cheveux sur la soupe. On trouve aussi au sein du métrage quelques petits excès nanardesques (les interprétations too much de
Stephen Lang et
Rose McGowan aux rapports incestueux refrénés) qui ne provoqueront pas pour autant la colère de Crôm. Ça se mérite.
Si Jason Momoa possède étonnamment la carrure suffisante pour redonner vie au Cimmérien, la narration hasardeuse et l'illustration de Marcus Nispel manquent sérieusement de muscle pour se montrer digne du film original. John Milius peut dormir tranquillement, sa version n'est pas prête d'être détrônée.