Martin Scorsese / Leonardo DiCaprio : Nouvel acte ! Les voilà sur Shutter Island, embarqués dans une sombre histoire.
Plus de trois ans après la sortie de
Les Infiltrés, revoilà que
Martin Scorsese met devant sa caméra
Leonardo DiCaprio, sa nouvelle muse cinématographique attitrée. En quatre films, c'est une relation étroite et fructueuse qui s'est élaborée entre les deux hommes et si ce
Shutter Island n'est pas le meilleur film de
Martin Scorsese, il confirme l'osmose qui tend à se consolider entre eux au fil des métrages. Ici,
Leonardo DiCaprio incarne Teddy Daniels, un policier envoyé avec un nouvel équiper sur l'île de
Shutter Island où se trouve l'asile psychiatrique le mieux gardé de tous les Etats-Unis. Au fil de son enquête sur une supposée disparue, il va découvrir les sombres secrets de cet endroit, qui le mèneront au-delà de ce qu'il attendait…
Après
Mystic River par
Clint Eastwood et
Gone, Baby, Gone par
Ben Affleck, le romancier
Dennis Lehane voit une nouvelle de ses œuvres adaptées au cinéma. Film puzzle par excellence,
Shutter Island permet à
Martin Scorsese d'explorer le genre du thriller paranoïaque en y exposant quelques unes de ses références (
Hitchcock,
Polanski…), pour un résultat moins pompier qu'il ne peut en avoir l'air mais aussi plus fragile que ce qui aurait pu / dû être. En effet, ce qui peut déboussoler au sein de ce métrage est le fait que, à l'instar de
Peter Jackson et son
Lovely Bones,
Martin Scorsese n'hésite pas à avoir recours, pour imager le trauma de son héros, à des séquences oniriques donnant dans un imaginaire baroque sur le fil du rasoir qui savent néanmoins se tenir pour ne pas tomber dans le trop illustratif ou lourd. L'intrusion fréquente de ces flashbacks / hallucinations, esthétiquement très soignées, peut tout de même par moment devenir la limite du film qui a tendance à plus appuyer son propos que son atmosphère, l'invasion de la folie dans la récit ayant pu se faire bien plus viscérale au sein de la mise en scène soignée et classieuse proposée, chiadée jusqu'au moindre éclairage. Heureusement,
Martin Scorsese reste un réalisateur intelligent qui choisit d'aborder le scénario plus pour sa face psychologique (Où est le vrai ? Où est le faux ?) que policière, vite décelable, qu'il semble délaisser volontairement pour le bien du film.
S'appuyant sur la solide description du passé de son héros et la période où se déroule l'histoire (juste après la Seconde Guerre Mondiale),
Martin Scorsese parvient à installer plusieurs niveaux de lecture sur de nombreuses scènes et à ainsi aspirer le spectateur au sein de cette histoire aussi déboussolante que ne l'est la condition de son héros, celui-ci étant emporté au milieu de ce labyrinthe fait de peur, folie, paranoïa et faux-semblants. Bien qu'imparfait, le canevas présenté ici réussit néanmoins à provoquer le désir d'un second visionnage pour réévaluer cette œuvre aussi malade qu'audacieuse, certaines séquences sachant se faire entêtantes grâce à la partition pernicieuse de la musique et la mise en scène clinique de
Scorsese, cette dernière étant pourtant également un des points faibles du film, qui aurait sans doute gagné à être plus rythmé : certains passages s'étalent un peu trop, notamment en dialogue, au sein des 2h15 de projection.
Néanmoins,
Shutter Island confirme que l'histoire d'amour entre
Martin Scorsese et
Leonardo DiCaprio n'est pas près de s'arrêter tant l'acteur donne encore ici le meilleur de lui-même pour maintenir le film à un bon niveau, éclipsant des seconds rôles parfois mal desservis, mais s'insérant assez bien dans le récit. La collaboration entre ces deux grands du cinéma restera quoiqu'il arrive à suivre de près dans le futur.
Imparfait, Shutter Island sait tout de même se faire captivant grâce à une gestion de l'histoire intelligente et une interprétation solide de Leonardo DiCaprio.