Darren Aronofsky se calme et met devant sa caméra un imposant Mickey Rourke. Ce Wrestler-là est tout à fait recommandable.
Metteur en scène qui a imposé sa patte avec
Pi,
Requiem for a Dream et
The Fountain, autant adorés que détestés,
Darren Aronofksy revient avec un film qui pourrait bien opérer un ralliement chez ses détracteurs, en laissant de côté ses tics de réalisation et son approche visuelle des choses pour un film plus « classique » dans le sens noble du terme, porté par un interprète principal épatant. On y suit donc un catcheur vieillissant, Randy « the ram » Robinson, qui supporte de moins en moins les combats, jusqu'au soir où, après un duel d'une grande violence, il est victime d'une crise cardiaque. Dès lors, le médecin lui interdit de remonter sur un ring. Randy va alors en profiter pour essayer de renouer avec sa fille, et va initier une relation avec une strip-teaseuse vieillissante.
On attendait de voir ce que valait le Lion d'or de Venise, et on ne peut pas dire qu'on soit déçu.
The Wrestler est un beau film, à la fois triste et plein d'humanité, nous relatant la déchéance d'une ex super-star du sport (en l'occurrence le catch, discipline extrêmement populaire aux Etats-Unis) rattrapé par le poids des années. La déchéance physique aussi bien que sociale est très bien retranscrite dans ce film d'une simplicité et sincérité désarmantes, qui touchera rapidement les cœurs, même les plus endurcis. Déboires de santé et grande solitude ponctuent le parcours de cet homme qui vouait sa vie au catch, ce qui lui a valu ses plus grandes heures de bonheur.
The Wrestler sonde ainsi avec tact les conséquences des choix opérés dans la vie, chose parfaitement illustrée avec un final sous forme de concentré d'émotions brutes, pour un métrage qui ne tombe jamais dans le chantage affectif.
Darren Aronofsky fait ici preuve d'une maîtrise dans sa mise en scène, filmant toujours au plus près son personnage principal, et accomplissant une gestion des émotions admirable, à tel point qu'on se croirait presque devant du
Clint Eastwood, c'est dire !
The Wrestler, c'est aussi l'histoire de deux paumés. Lui, Randy, s'accroche à ce qui fit sa gloire jadis ; elle, Pamela, continue à faire des strip-teases malgré son âge. La société n'est pas faite pour eux, comme le démontre le dialogue révélateur d'un Randy qui rend les armes avant de monter sur le ring pour son ultime combat. Mais
The Wrestler, c'est également un film qui n'hésite pas à critiquer la folie du sensationnalisme dans la société actuelle, en montrant des combats de catch d'une grande violence, plus développée que dans le passé à en croire la tête étonnée de Randy lorsqu'il apprend les techniques utilisées par ses adversaires. Les combats sont ainsi de plus en plus spectaculaires et sanglants, et le spectateur en a « pour son argent ». Randy est alors piégé dans cette spirale, faisant usage de produits dopants pour "garder la forme" et offrir le spectacle escompté, au péril de son intégrité physique : ou quand l'image est l'élément destructeur de l'humain.
The Wrestler est, au final, un film qui montre comment la société est capable de se dérégler au plus haut point et de broyer les personnes, même celles qui se croient les plus endurcies.
On ne peut évidemment pas passer sous silence la formidable interprétation d'un
Mickey Rourke qui s'est visiblement nourri de ses expériences personnelles pour livrer une prestation d'une authenticité troublante, qui traîne tout le poids de ses erreurs avec panache et gravité. Il est accompagné d'une non moins sublime
Marisa Tomei, qui est un peu son pendant au féminin, à la fois charmante et attachante. Il n'y a pas à chipoter,
Darren Aronofsky nous livre là un grand film.
Darren Aronofky signe un grand film avec The Wrestler, porté par un Mickey Rourke épatant.