S'il reprend un projet délaissé par Darren Aronofsky (crédité en tant que producteur), David O. Russell ne signe pas avec The Fighter une œuvre de seconde main. Loin s'en faut.
Si
The Fighter présente tous les aspects de la success-story sportive baignée dans l'idéologie de l'American Way of Life (un boxeur loser qui va gravir tous les échelons de la gloire jusqu'à devenir champion du monde : plus hollywoodien tu meurs),
David O. Russell réussit pourtant le pari de s'affranchir des traditions usées du genre tout en les respectant quasiment à la lettre. Comment ? En se focalisant non pas exclusivement sur le parcours héroïque (et véridique) de Micky Ward mais bel et bien sur son demi-frère Dicky Eklund, gloire déchue du noble art allant sombrer dans les abysses de la drogue et de la délinquance avant de trouver la rédemption dans la consécration d'un membre de sa famille. Un sacré personnage dans la vie réelle (la séquence post générique de fin est là pour le montrer), entre drôlerie et pathétisme, grandeur et médiocrité, répulsion et fascination, que le cinéma n'aurait probablement jamais pu inventer seul, et qui constitue le véritable centre vital d'un récit auquel son interprète
Christian Bale dicte le(s) ton(s) à aborder.
Tout l'intérêt de
The Fighter résiderait presque dans cette unique incarnation aussi physique (l'énième transformation corporelle de l'acteur laisse une fois de plus pantois) que psychologiquement habitée (on se demande si Bale n'a pas essayé le crack juste pour se mettre dans la peau de son personnage), qui bouffe absolument tout sur son passage. Il faut bien la force intérieure de Melissa Léo pour résister devant une telle domination et gagner sur l'endurance un minimum de terrain de jeu, mais le reste de la troupe ne peut que s'incliner. C'est le cas de
Mark Wahlberg bien que parfaitement à sa place en athlète persévérant, contrairement à la peu convaincante
Amy Adams (d'une apparence trop lisse et innocente pour un tel rôle) ne faisant pas le poids à côté de partenaires d'un gabarit supérieur. D'où peut-être le léger déséquilibre qui se ressent parfois dans
The Fighter, remportant malgré tout la victoire grâce à la poigne de la mise en scène de
David O. Russell (
Les Rois du désert) ne sombrant pas dans le misérabilisme de son sujet, ni dans des effets sentimentaux trop appuyés.
Sans forcément mettre KO, The Fighter sait gérer l'effort pour gagner aux poings avec tous les honneurs qu'il mérite. Surtout grâce à un Christian Bale méconnaissable et d'une puissance de jeu redoutable.