Après Billy Bob Thornton et les frères Coen, c'est au tour de l'autralien John Hillcoat de s'attaquer à une adaptation d'un roman de Cormac McCarthy.
Dans
No Country for old men, l'écrivain
Cormac McCarthy faisait état d'une humanité en décrépitude, au bord d'une catastrophe grondante aux loin. Dans son roman
La Route (le troisième adapté au cinéma), cette fin du monde est passée sous la forme d'un cataclysme inexpliqué ayant annihilé toute vie animale et végétale. Plus rien ne germe, plus rien ne vit sinon les quelques survivants d'une espèce décadente qui a sombré, en même temps que le ciel est devenu d'un gris mortuaire, dans la folie, la violence, le cannibalisme et les plus bas instincts. Une situation rêvée pour l'australien
John Hillcoat qui avec ses deux précédents longs-métrages n'a fait que se questionner sur la frontière entre le bien et le mal, la barbarie de l'être humain et la face cachée de la civilisation. Et c'est naturellement ces éléments que l'on retrouve dans son premier film américain et ces mêmes problématiques auxquelles devront se confronter les personnages principaux du récit.
Un homme et son fils de 9 ans, en cherchant à rejoindre le sud - dans l'espoir d'un quotidien plus clément - sillonnent les paysages dévastés et désertiques d'une contrée figée dans un hiver sans fin, rythmés au son des chutes d'arbres, des tremblements de terre et des cris d'effroi des malheureuses victimes de clans mangeurs d'hommes. Pur road-movie doublé d'un survival apocalyptique,
La Route est un reflet impitoyable (et tristement probable) de notre avenir, cultivant nos craintes des multiples épées de Damoclès suspendues au-dessus de nos têtes (bouleversements écologiques, disparition des garde-fous de notre société…). L'interrogation « Qu'allons nous léguer à nos enfants ? » a rarement été aussi bien illustrée que dans cette lutte d'un père pour préserver le meilleur et la seule lueur d'un monde plongé dans les ténèbres. Car derrière ce pessimisme affiché dont Hillcoat ne semble pas vouloir se détacher, derrière ce « à quoi bon ? » qui menace d'apporter une conclusion à chaque nouvelle scène d'horreur (celle de la cave…), à chaque rencontre bercée d'ambiguïté, mûrit l'espérance d'une amélioration.
Cette note finale d'espoir achevant le voyage (rassurez-vous on est plus proche de
Les Fils de l'Homme que de
2012 et
Je suis une légende) et cette candeur délicate dans la relation du duo père/fils étaient finalement assez inattendues de la part de l'auteur de
The Proposition. Malgré cela, il conserve cette frontalité et cette brutalité de ton, assouplis par une utilisation maîtrisée de l'art de la suggestion (presque tous les actes violents sont hors-champ) qui s'inscrit dans les meilleures séquences de
La Route, à côté d'autres moins prenantes. Comme si le film avait voulu obtenir deux résultats distincts : d'un côté les contingences d'un spectacle épique (les frères Weinstein sont à la production), de l'autre les aspérités artistiques d'un cinéaste cherchant son propre rythme, au fil d'une émouvante et intime finesse psychologique de la métaphysique. Certes un peu déséquilibré mais pas désaxé,
La Route ne perd pas le nord, continuant bon train son chemin jusqu'à sa destination finale, grâce à la performance physique du toujours éblouissant
Viggo Mortensen et du jeune
Kodi Smit-McPhee.
Noir mais pas désespéré, pessimiste mais lucide, le voyage en terre brûlée de John Hillcoat vaut assurément le détour pour son réalisme lyrique, même si au final La Route n'est pas le chef-d'œuvre tant attendu.