La terre s'arrête de tourner dans les salles obscures qui révèlent enfin l'œuvre de Scott Derrickson après un long tapage publicitaire. Et en grande production qui se respecte, on peut s'attendre au meilleur comme au pire… ce n'est pas le meilleur qui l'emporte.
L'histoire, pour ceux qui ne la connaîtraient pas, se déroule à New-York. Ce que les scientifiques pensent être un météorite sème le trouble et la panique en Amérique. L'Etat décide de regrouper les meilleurs scientifiques du pays pour essayer de sauver la planète d'une collision imminente. Quelle ne fût pas leur surprise lorsqu'ils découvrent que ce qui descend du ciel n'est pas un météorite mais une navette spatiale qui se pose tranquillement en plein Central Park. Klaatu (
Keanu Reeves), à l'apparence humaine (enfin pas tout de suite) s'extirpe de cette boule lumineuse pour rejoindre les humains. Dès lors qu'il pose les pieds sur terre, la planète sera victime d'inquiétants bouleversements. Or personne ne parvient à découvrir ce qu'il compte exactement faire sur Terre. Gouvernements et scientifiques s'allient afin d'y voir plus clair, mais c'est le Docteur Benson (Jennifer Connely) qui parviendra enfin à communiquer avec lui. Et ce qu'elle apprend est sans appel : Klaatu a pour mission de sauver la Terre, avec ou sans les hommes.
Le jour où la terre s'arrêta s'engouffre dans un récit apocalyptique et pro-écologique simpliste. Pour ce qui est d'une dramaturgie aboutie, repassez plus tard.
Scott Derrickson mise sur les premières minutes du film pour nous bluffer. Certes, l'effet est probant. L'arrivée des extraterrestres sur « notre » planète (enfin, ce n'est pas vraiment la notre dixit Klaatu) est bien amenée. L'univers visuel déjoue le côté tape-à-l'œil clinquant pour mieux adhérer à une réalité possible, bien que les effets spéciaux restent spectaculaires. Dès lors que Klaatu arrive sur terre, le cinéaste s'égare quelque peu. Pendant un temps qui nous semble très long, l'Etat (représenté par Katy Bates et dont on salue l'interprétation) et les scientifiques cherchent à comprendre ce qu'il fait sur Terre.
Que voulez-vous ? …. Pas de réponse. On recommence :
Que voulez-vous ? … toujours pas de réponse, mais un robot géant qui nous distrait quand il s'énerve. Ellipse cérébrale (à quoi bon se concentrer sur des questions sans réponses) et on se réveille 20 minutes avant la fin du film. Et là tout s'enchaîne : la destruction de la planète plutôt convaincante (pour une fois) est bouclée en 5 minutes, les explications fournies par Klaatu ne nous convainquent pas car il faudra se contenter de la célèbre réplique :
« Si la Terre meurt, vous mourez. Si vous mourez, la Terre survit. ». Mais encore ?
Ça et là, des ébauches de propos écologistes sommaires sur le mauvais agissement de l'homme à l'égard de « sa » planète. Mais la magie du cinéma brave tous les dangers ! Un vieux scientifique (
John Cleese, qui n'apparaît que trop brièvement) va résoudre des formules scientifiques à quatre mains avec Klaatu. Cette expérience les ayant rapprochés, le professeur tel un vieux sage va le convaincre en 1mn30 montre en main, que oui, nous sommes capables de changer ! La magie opère car tout le monde a envie de changer, même Klaatu. L'extraterrestre accueillera ce discours comme une parole divine et fera tout pour inverser le processus apocalyptique qui a déjà touché la planète. Ce qui est dommage c'est que d'un point de vue esthétique,
Scott Derrickson sait où il met les pieds. Il est parvenu à transposer le film de
Robert Wise dans notre monde moderne en tenant compte de notre technologie actuelle, sans rentrer dans la juxtaposition aveuglante d'effets spéciaux. Le hic, c'est qu'il donne l'impression d'avoir misé sur la notoriété des acteurs pour remplacer son manque de travail scénaristique. Or,
Keanu Reeves en extraterrestre introverti nous laisse encore plus dans le flou. Et sa moralité, d'une naïveté sidérante, nous laisse sur des ébauches d'images impressionnantes expédiées aussi rapidement qu'elles sont arrivées. Frustrant.
En dépit de ses qualités visuelles, Le Jour où la terre s'arrêta reste un film plat dont le scénario sert de prétexte à une esthétique réussie mais précipitée. A quand le jour où l'on arrêtera de faire des remakes ?