Stephen Daldry dévoile The Reader, un film qui puise sa force dans le jeu de ses acteurs mais aussi dans notre mémoire collective.
Depuis que
Kate Winslet s'est vue attribuer l'Oscar de la meilleure actrice, c'est avec une pointe de curiosité que l'on attendait la sortie de
The Reader. Adapté du roman homonyme de Bernhard Schlink, le film raconte l'Allemagne de l'Ouest au lendemain de la seconde Guerre Mondiale. Michael, un adolescent de 15 ans en mal de vivre, rencontre Hanna, une mystérieuse femme trentenaire avec qui il va avoir une aventure. Une histoire qui se terminera brutalement et qui laissera Michael dans un état de déchirement indicible. Quelques années plus tard, le jeune adolescent s'oriente vers des études de droit, l'occasion pour lui d'assister à son premier procès. Nous sommes dans les années 60 et les crimes de guerre commencent à peine à être jugés. Sur le banc des accusés, Hanna Schmitz. Arrêtée pour avoir collaboré avec les S.S et participé à l'extermination des juifs, c'est une autre femme que Michael découvre. Mais malgré l'horreur qu'inspirent les accusations à son encontre, le jeune homme ne parvient pas à l'oublier et ne se doute pas encore de l'impact que ce premier amour aura sur toute son existence.
The Reader s'ouvre sur une histoire d'amour déchue et se double, dans la seconde moitié du film, d'un point de vue sur l'Histoire pendant et après le génocide des juifs. Deux parties parfaitement distinctes qui resteront pourtant indissociables. Car ce qui nous frappe d'emblée, c'est cette capacité à faire cohabiter différents registres et différentes trames narratives à l'intérieur d'une seule et même image avec une force émotionnelle et un malaise toujours constants. A commencer par l'idylle entre Hanna et Michael. Leur nudité est traitée sans complexe avec une sorte de sublimation provocatrice. Bien que d'un point de vue esthétique leurs corps enlacés inspirent le désir, la nature même de ces rapprochements physiques donnent la sensation d'être le témoin d'un pêché. Et comme pour équilibrer cette transgression consciente des lois morales, Hanna va demander à son amant de lui lire des histoires, une façon aussi pour le jeune adolescent de lui rendre la pareille. Car si elle lui fait découvrir les plaisirs charnels, lui la fait voyager avec ses mots. Mêlant les corps nus légers aux livres lourds de sens,
Stephen Daldry remplace, avec la mise en scène de ces deux moments privilégiés, ce que les personnages ne se diront jamais. Et tout l'enjeu du film se situe dans le choix qu'ils auront à faire un jour : la confession salvatrice ou le silence destructeur?
Kate Winslet étincelle dans son rôle de femme paradoxale. Mystérieuse, ambiguë, dure et sensible à la fois, elle impose le respect et la fascination.
Ralph Fiennes quant à lui, compose avec brio son rôle d'homme torturé par le poids et le silence des années. Il aborde son existence avec une distance presque hypnotique tant le passé l'éloigne de toute réalité matérielle. Le film s'étend sur plusieurs décennies et s'arrête à des moments clés de l'Histoire : le lendemain de la seconde Guerre Mondiale, le jugement des crimes de guerre dans les années 60, l'impact du génocide sur les générations futures. Enfant de l'après-guerre, Michael vivra ces moments à travers le jugement et la condamnation d'Hanna. La deuxième partie du film entretient un malaise déjà palpable au début du film ; tant pour la jeune femme qui confronte l'horreur de ses actes à l'opinion publique que pour Michael, qui voit en ce procès sa propre déchéance. Néanmoins, dans la mesure où le film entame une réflexion autour de la notion de culpabilité, on aurait aimé en apprendre plus sur les « motivations » d'Hanna au moment des faits, sur le quotidien des prisonnières qu'elle envoyait à la mort, les séquelles des survivantes. Et c'est là que le bât blesse sensiblement, car le film ne va pas au bout de sa démarche historique, s'éternisant trop longuement autour d'un seul destin pour parler d'une humanité au sens large.
The Reader s'inspire d'une réalité qui nous émeut, qui nous oppresse, mais surtout qui raconte deux histoires bouleversantes : une idylle malheureuse et le génocide d'un peuple. Un film qui montre sa force à plusieurs reprises, mais qui n'est pas infaillible…