Pour avoir une chance d'apprécier cet anecdotique thriller, il vous faudra éviter de le regarder avec un œil d'expert.
L'admiration et l'affiliation qu'entretien
Steven Spielberg envers son nouveau protégé
Shia LaBeouf est un cas aussi intriguant que profondément attristant. Car non content d'introniser un jeune comédien au charisme quasi-inexistant comme l'héritier direct d'une des plus grandes figures du cinéma d'aventure de tous les temps avec le dernier
Indiana Jones, le faiseur de pluie et du soleil à Hollywood ne cesse de lui offrir la vedette de ses dernières grosses productions comme s'il avait l'étoffe d'un héros ou d'une star capable de rassembler à lui seul le public :
Transformers,
Paranoiak et maintenant
L'Oeil du mal, thriller mainstream aussi nébuleux dans ses intentions que le cas mis en lumière plus haut.
Passé une entrée en matière des plus correcte, on peine à croire à la suite de ce mystère voyant un looser anonyme (
Shia LaBeouf qui pour une fois aurait pu être parfaitement crédible mais non) et une jeune mère célibataire (
Michelle Monaghan) devenir les pions involontaires d'une sombre histoire de complot terroriste orchestré par un commanditaire sans visage, piratant à sa guise n'importe quel système informatique sur l'ensemble du territoire américain. Qui se cache derrière cette voix féminine donnant des ordres ? Quel est son objectif ? Et surtout, comment arrive-t-elle à connaître le passé de ses cibles, à changer la couleur des feux rouges de la circulation pour les aider à échapper aux autorités ou encore à commander le moindre appareil électronique ?
Beaucoup de questions en suspens pour beaucoup de réponses hélas peu satisfaisantes à l'égard de l'intérêt suscité en début de programme. Pour cause, l'Oeil du mal affiche une propension à se jeter de plein pied dans la réappropriation à peine voilée de pans entiers de classiques épars du 7ième art afin de faire avancer son scénario et en dissimuler les multiples invraisemblances au yeux d'une audience facilement manipulable : un peu de science-fiction à la
2001 : l'odyssée de l'espace, une touche de course poursuite à la
Fugitif, un soupçon de suspense façon
L'homme qui en savait trop et le tour est joué. Nous voilà donc devant un mille-feuille mal empilé tentant platement de discourir sur les dangers de l'intrusion incontrôlée d'appareils de haute technologie dans notre quotidien et de son utilisation excessive par les détendeurs du pouvoir pour espionner l'intimité de l'individu lambda.
Plus pernicieux encore, son discours pas très clair sur la question des limites de la sécurité intérieure par rapport à la liberté du citoyen, soulevant bien des doutes sur la morale à retenir de cette bobine mangeant décidément à tous les râteliers, dans un but purement lucratif. Pas de quoi alors pavoiser devant, même si le réalisateur D.J Caruso enveloppe ça d'un attrayant emballage (on ne peut pas dire que l'on s'ennuie vraiment) bien que sa mise en scène mériterait d'être parfois allégée en coupe sur le banc de montage.
L'Oeil du mal, c'est comme son interprète principal Shia LaBoeuf : on a beau le retourner dans tous les sens, la pilule de la crédibilité a toujours du mal à passer.