Pour son deuxième passage derrière la caméra, le comédien Ed Harris choisit de dépoussiérer le western à sa façon.
A la fin du XIXème siècle, le Nouveau-Mexique est encore un état sauvage où la justice et la loi ont du mal à régner. A l'instar de la petite ville d'
Appaloosa, vivant sous le coupelle de Randall Bragg (
Jeremy Irons), un propriétaire de ranch imposant son bon vouloir sur les habitants depuis qu'il a abattu froidement le Marshall des environs. C'est alors que le nouveau sheriff Virgil Cole (
Ed Harris), accompagné de son ami et partenaire Everett Hitch (
Viggo Mortensen), débarque à
Appaloosa pour arrêter Bragg. L'affrontement peut alors commencer …
Il y a peu encore, on disait le western mort et enterré mais les sorties cette année de
3h10 pour Yuma et d'
Appaloosa tendent à prouver le contraire. Mieux, le genre recommencerait à s'extirper doucement d'un classicisme devenu trop assujettissant (Open Range de
Kevin Costner) pour bifurquer vers un élan de modernité. Grands espaces à ciels ouverts, duels au soleil, poursuites dans le désert, Indiens, chemins de fers, saloons … la seconde réalisation de l'acteur
Ed Harris n'oublie aucun élément fondamental mais sans pour autant se cantonner à jouer les écoliers appliqués (voir le film de
James Mangold). Quand le réalisateur cite
Rio Bravo d'
Howard Hawks via le personnage féminin libre d'Allie (Rénée Zellweger aussi étonnante qu'horripilante), ce n'est pas pour en faire simplement une Angie Dickinson bis. Plus ambiguë, plus floue, plus insaisissable dans sa psychologie, Allie est la fenêtre d'une œuvre pondérée s'inscrivant hautement dans son temps aussi bien formellement que thématiquement.
Quand vient l'heure des règlements de comptes, les tambours de la guerre résonnent étrangement comme un air de jazz sur cette histoire explorant la fragile frontière qu'il peut exister entre les deux côtés de la justice. « Je défends la loi. Tuer des gens est un à-côté de mon métier » affirme péniblement le défenseur de la veuve et de l'orphelin
Ed Harris, ayant quelques minutes plus tôt imposé ses règles sans conditions aux dirigeants du patelin avant d'abattre sèchement trois hommes du vilain. Bandits/mandataires de l'ordre, où est la différence ? Les méthodes sont un peu semblables en définitive. Tuer ou être tué.
On assiste donc à un fin gommage du bien, du mal et des éternelles figures manichéennes, qu'
Appaloosa applique par l'action d'une autodérision soufflée dans les savoureux dialogues naissant entre le duo complémentaire
Ed Harris/
Viggo Mortensen (sans hésiter l'un des plus beau de cette année). De leur précédente collaboration sur History of Violence, les anciens ennemis se transforment sans accroc en frères d'armes (le premier tout en stature, le second en léger retrait) au cours d'une visible et succulente complicité de tous les instants. Ce qui nous fait pardonner l'aspect « sage » et « propret » de la mise en scène. Une jolie réussite donc qu'on aimerait bien voir se prolonger avec une adaptation du deuxième volume de Robert B. Barker, surtout que le réalisateur a fait savoir son envie de concrétiser la chose. Messieurs les producteurs… Avec un mélange de respect et de dérision, de tradition et de modernité, Appaloosa redonne du plomb au bon western d’antan.