Quand Matt Damon retrouve le réalisateur de La Vengeance dans la peau sur le front irakien, cela donne l'immersif Green Zone.
Mars 2003 : alors que les forces armées américaines ont envahi Bagdad, la commandant Roy Miller est chargé de localiser et intercepter les armes de destructions massives supposées cachées par Saddam Hussein. Après avoir fait chou blanc pour la troisième fois à cause d'informations erronées venant directement de son commandement, le soldat commence à douter de sa mission. Lancé sur la trace du général en chef du dictateur susceptible de fournir des informations capitales, Miller se confronte rapidement aux Forces Spéciales qui font tout pour empêcher la vérité de se répandre…
Jusqu'à
Green Zone, la carrière de
Paul Greengrass présentait deux visages. Le premier avait les traits d'un cinéaste politiquement engagé (
Bloody Sunday), le second revêtait l'uniforme d'un metteur en scène intégré à l'industrie hollywoodienne qui a fortement contribué à redéfinir les codes du cinéma d'action américain avec les deux derniers
Jason Bourne, même si l'héritage de
John McTiernan et la série
24 avaient déjà déblayé le terrain en amont. Une divergence de tracé mais pas forcément antinomique puisque ces deux facettes sont toutes les deux animées par une note d'intention similaire : placer le spectateur au cœur des événements. Lui faire ressentir viscéralement ce qu'il voit, à l'aide d'une caméra embarquée au cœur de sa dramaturgie. Pour sa troisième collaboration avec le comédien
Matt Damon, le réalisateur condense en un seul film toutes les dimensions identitaires de ses précédents travaux, dans ce qui est appelé à devenir la ch
arte de son œuvre future. Réjouissons-nous car nous n'avons pas fini d'être remué… dans le bon sens du terme!
Il est fort à parier qu'il sera reproché à
Green Zone de jouer les dénonciateurs d'une guerre entièrement bâtie sur des mensonges alors que les braises du conflit tendent à se refroidir. Pourtant son but est moins de surprendre par des révélations caduques, que de décrypter la façon dont une nation a pu justifier la mise à sac d'un pays tout entier, substituer une dictature par une démocratie de paille… sans se préoccuper des conséquences internationales. Tirant ouvertement à boulets rouges sur le gouvernement US de l'époque, le script de
Brian Helgeland met également en cause le rôle des militaires à œillères dans le bourbier irakien et celui des journalistes ayant oublié leur fonction de contre-pouvoir. Sans prendre de pincettes avec personne,
Green Zone vise droit et juste, n'abusant pas des tirades explicatives car préférant les actes parlants à la parlote stérile.
A l'image de
La Vengeance dans la peau,
Green Zone se définit en premier lieu comme un thriller musclé et rythmé ne permettant aucun temps mort dans sa course pour la vérité. Rompu à l'exercice du marathon en terrain miné,
Matt Damon étonne encore par sa prédisposition à demeurer parfaitement crédible dans un personnage auquel on ne l'aurait pas associé il y a quelques années de cela (bien qu'il ait déjà fait la guerre du golfe dans A l'Epreuve du feu). Gare toutefois à ne pas trop assimiler le soldat Miller avec l'espion amnésique au risque de commettre un amalgame maladroit. Les personnages ont le même interprète mais leur constitution diffère grandement. C'est sans doute pourquoi
Paul Greengrass s'évertue à démystifier son héros (prenant une humiliante rouste dans la première demi-heure), pour en faire un simple bidasse à la vision du monde naïvement binaire allant rapidement désenchanter devant la complexité morale de celui-ci. En gros, le citoyen lambda d'une Amérique trop confiante dans le bien fondé de ses agissements à l'extérieur de ses frontières.
Entre divertissement haut de gamme et charge politique déflagrante, Green Zone file droit à la victoire avec un équilibre parfait. Tout le monde est gagnant avec Paul Greengrass.