Avec Coluche, l'histoire d'un mec, Antoine de Caunes nous livre, une nouvelle fois, un film trop sage.
On peut aimer
Antoine de Caunes et se demander pourquoi, après un premier film agréable (
Les Morsures de l'aube) et deux films consécutivement ratés (
Monsieur N. et
Désaccord parfait), les producteurs continuent à lui faire confiance. Probablement pas une question d'argent puisque les deux précédents films n'ont pas, à leur échelle, été des succès. Alors quoi ? Le prestige du nom ? Peut-être … Quoiqu'il en soit, son
Coluche, l'histoire d'un mec est réellement décevant, la prestation extraordinaire d'un acteur (ici,
François-Xavier Demaison, époustouflant) ne faisant pas un film.
Au départ, le film devait être un biopic typique traitant de l'ascension et de la disparition du clown-humoriste. Au final,
Antoine de Caunes a choisi de privilégier la période située entre fin 80 et début 81 durant laquelle Coluche décide de se présenter aux élections présidentielles. A la vue du traitement qu'il a infligé à son sujet, on lui en est grandement reconnaissant : un biopic se serait révélé insupportable. La narration, par exemple, est découpée en petites scènes datées (pour faire sérieux et très documenté) se terminant inéluctablement par un fondu au noir. Comment, dès lors, s'intéresser au parcours, soit-il celui d'une personnalité aussi riche et passionnante que celle de Coluche, lorsque le réalisateur vous rappelle toutes les deux minutes que, cet aspect du récit étant « vu », on va vite passer à autre chose ? Aussi, le caractère morcelé du scénario empêche bien souvent le sourire ou l'émotion d'émerger, le spectateur étant sans cesse coupé dans son élan. De plus, n'hésitant pas à recourir à l'anecdotique,
Coluche, l'histoire d'un mec est un film beaucoup trop sage, ce qui est un contre-sens total lorsqu'on parle d'un personnage aussi « rock'n roll », anarchiste et anticonformiste que
Michel Colluci.
Antoine de Caunes, qui a présenté des émissions sur la musique rock pendant des années avant d'être un maître de l'humour irrévérencieux à la télévision, semble vouloir s'excuser d'avoir joué le Bozo de service durant tant d'années. Sa mise en scène conventionnelle s'ennuie et nous avec.
Pourtant, tout n'est pas si mauvais dans
Coluche, l'histoire d'un mec : la reconstitution minutieuse est incontestablement réussie et certaines scènes viennent nous tirer du sommeil, entre autres celles où Coluche se trouve sur la scène du théâtre du Gymnase (lors de représentations ou de conférences de presse). Ici, la fascination opère car
François-Xavier Demaison se fond dans l'humoriste, au point qu'on ne sait plus si ce qu'on voit à l'écran sont des images d'archives ou des scènes filmées (notamment quand il chante des chansons rocks composées par
Ramon Pipin, qui a, par ailleurs, signée la musique du film). Evidemment, c'est lui,
François-Xavier Demaison qui parvient à tirer le film vers le haut : sa gestuelle, sa voix, sa façon de bouger réussit l'exploit de nous restituer le véritable Coluche, alors que ce n'était pas, par avance, évident (physiquement, l'acteur ne ressemble pas tout à fait à l'humoriste). Les autres s'en sortent comme ils peuvent quand ils ne sont pas ridiculisés par le manque de ressemblance aux modèles qu'ils incarnent (
Denis Podalydès en Jacques Attali,
Gil Galliot en Professeur Choron). On retiendra surtout le jeu de
Léa Drucker, fabuleuse en femme compréhensive qui perçoit le changement de comportement chez son mari. Car
Coluche, l'histoire d'un mec c'est aussi et surtout le récit d'un homme qui se perd dans ce qui, au départ, ne devait être qu'une farce. Le fou du Roi qui se prend pour le roi lui-même, c'est toute la problématique du long-métrage qui parvient in extremis à nous émouvoir quand l'amuseur ne fait plus rire et qu'il tombe dans l'enfer de la drogue de peur de décevoir ses 16% d'électeurs. Au final,
Antoine de Caunes a fait pire et il est possible que le film plaise à certains mais, concernant une personnalité aussi forte que Coluche, on était en droit d'attendre un résultat plus fort et incisif.
Film à la narration et au montage désastreux, Coluche l’histoire d’un mec tient uniquement sur les épaules de son interprète principal qui apporte un peu de folie à un métrage qui en manque cruellement.