Après Donnie Darko et Southland Tales, le réalisateur singulier Richard Kelly met Cameron Diaz et James Marsden face à une boîte très spéciale.
Si on vous apportait une boîte accompagnée d'un bouton sur lequel une simple pression vous permettait de gagner un million de dollars, que feriez-vous ? Et que feriez-vous si vous saviez que, dans le même temps, une personne que vous ne connaissez pas va mourir instantanément ? Cruel dilemme, n'est-ce pas ? Et bien c'est ce à quoi
Richard Kelly va confronter
Cameron Diaz et
James Marsden, qui incarnent ici Norma et Arthur Lewis, un petit couple banlieusard moyen dans l'Amérique des années 70. Un matin, ils trouvent devant leur porte, emballée dans un paquet, une mystérieuse boîte sur laquelle se trouve un bouton rouge. En fin de journée, un homme à la stature imposante, à demi-défiguré, rend visite à Norma en lui énonçant la règle citée plus haut, et en lui laissant 24 heures pour se décider. Indécis et ne croyant qu'à moitié au récit de cet homme, le couple finit par appuyer sur le bouton. Dès lors, leur vie ne sera plus ce qu'elle était…
Déjà sept ans après avoir été révélé au monde par
Donnie Darko, qui a depuis acquis son statut de petit film culte, et après un
Southland Tales au parcours tumultueux, sorti chez nous directement en vidéo,
Richard Kelly nous livre ici son troisième long métrage, adapté d'une courte nouvelle du romancier
Richard Matheson, grande personnalité de la science-fiction. Et c'est effectivement un scénario captivant qui nous est proposé, sous forme de parabole sur l'état du genre humain tout entier, plus voué à se remplir les poches et à se la jouer individuel plutôt que penser solidarité et amour. Cela pourrait apparaître, dit comme ça, un poil moralisateur, mais entre les mains de
Richard Kelly, cela devient un véritable jeu captivant d'une grande cruauté, hautement pessimiste, admirablement construit, distillant un malaise allant crescendo jusqu'à un final poignant. De l'émotion, ce n'est effectivement pas ce qui manque à
The Box, en grande partie grâce au couple incarné par
Cameron Diaz et
James Marsden. Les deux personnages forment ici un couple modeste ultra crédible, avec les félures qui les rendent si fragiles et donc directement attachant pour le spectateur, si bien que celui-ci se retrouve directement aspiré au cœur de la spirale infernale qui les entraîne. Saluons donc comme il se doit la performance de deux acteurs qui trouvent là sans aucun doute la meilleure performance de leur carrière à ce jour.
Et on n'oubliera surtout pas
Frank Langella, sans lequel
The Box n'aurait pas la même teneur, celui-ci apportant toute sa carrure à ce personnage ô combien énigmatique et effrayant, au charisme hypnotisant. Malgré tout, ceux qui ne voient en
Richard Kelly qu'un simple usurpateur prétentieux auront peut-être de quoi redire devant quelques scènes de dialogues un peu trop grandiloquentes et une illustration sonore parfois un peu trop pompeuse, qui réduisent l'impact intrinsèque de l'œuvre. Néanmoins, cela n'est qu'un léger bémol au sein d'un thriller très bien filmé et à la beauté graphique indéniable, qui contribue à faire de
The Box un film entêtant et délicieusement paranoïaque, dans lequel
Richard Kelly s'amuse toujours autant (un peu trop diront certains) à jouer avec le spectateur en lui laissant de nombreuses pistes de réflexion. Même si on ne tient pas là un chef d'œuvre,
Richard Kelly nous livre un bon film de science-fiction loin du clinquant en vogue à Hollywood, et s'avère être un metteur en scène au style marquant dont on attend avec curiosité la prochaine réalisation.
Richard Kelly cultive sa singularité avec ce film de science-fiction délicieusement paranoïaque.