Pas le plus attendu des films de super héros par la rédaction, Captain America : First Avenger se révèle pourtant un honorable représentant du genre.
Imposer au cinéma un super héros tel que le Captain America apparaît comme le plus grand défi que
Marvel Studios ait eu à relever jusqu'à ce jour. Figure ancrée dans une culture et une époque bien définie, personnage véhicule d'une idéologie devenue ringarde et victime de plusieurs maltraitances sur grand et petit écran (le nanar top moumoute d'Albert Pyun), le Cap pouvait-il vraiment s'imposer au 21ème siècle, aux côtés de ses collègues
Iron Man,
L'Incroyable Hulk,
Thor et compagnie ? Oui il le peut.
D'une part parce que
Captain America : First Avenger respecte à la lettre la mythologie du gringalet Steve Rogers. Jeune volontaire dépourvu par la nature mais animé d'une ébranlable motivation qui le conduira à devenir l'indestructible défenseur de la bannière étoilé, après avoir été le cobaye d'un programme militaire du gouvernement américain consistant à créer des super soldats. Le dissocier de son contexte (la Seconde guerre mondiale) et de sa mission originelle (lutter contre l'armée nazie et son antenne occulte l'Hydra) aurait constitué l'erreur létale de cette adaptation prônant une indéfectible fidélité à la bande dessinée de Jack Kirby et
Stan Lee. Fidèle mais aussi parfaitement conscient de son aura propagandiste, impossible à reprendre aveuglément à notre époque. Dès lors, le film opère une savante manœuvre consistant autant à gommer les - trop gros - élans nationalistes, qu'à intégrer ce statut dans le récit même. Avant d'en faire le bras armé de l'Amérique,
Captain America : First Avenger transforme son personnage principal en pantin vedette de l'effort de guerre dont il constate le ridicule. Une fois cette opération de désamorçage effectuée, l'aventure peut réellement commencer.
De préférence dans un esprit de pur serial, avec des méchants qui rêvent de dominer le monde, des gentils faits pour le sauver, des demoiselles charmantes qui ont du répondant (
Hayley Atwell damant le pion à toutes les potiches qui l'ont précédé) et tout plein de nobles exploits à entreprendre. Naïf ? Manichéen ? L'univers de Captain America l'est de la tête aux pieds. Tout comme le furent les débuts de la bande dessinée. Une simplicité qui convient aisément à un petit faiseur de la trempe de
Joe Johnston, armé d'une direction artistique à l'ancienne splendide, qui réussi à remplir le cahier des charges sans sombrer dans le kitsch involontaire (Crâne rouge est crédible) ou le second degré cynique. Malgré tout, on reste plus proche de La Ligue des gentlemen extraordinaires que d'un Indiana Jones.
Captain America : First Avenger se limitant à une présentation de luxe des origines du Cap qui souffre des mêmes ratés que les dernières adaptations de comics : à savoir une longue mise en place pour les néophytes, des second couteaux et un bad-guy sous exploités (pourtant le casting était au petits oignons), et des moments de bravoures expéditifs promettant un spectacle plus ample pour la suite.
Dans le cas présent cela s'avère moins grave qu'à l'accoutumée, tant on espérait pas que
Captain America : First Avenger s'impose comme la production
Marvel Studios la plus estimable ni que
Chris Evans puisse prendre autant ses aises dans le costume.
L'un des super héros les plus difficiles à adapter au cinéma et pourtant Captain America : First Avenger s'en tire avec les honneurs en livrant un spectacle old school, limité dans sa tactique d'approche qui s'avère pourtant finalement payante.