Pour sauver l'humanité avec les enfants de La Cité de l'ombre, suivez le jeu de piste.
Pendant les fêtes de Noel, les films pour enfants – si possible à grand spectacle tout de même – sont obligatoires.
Walden Media, qui n'en est pas à sa première adaptation (pensez au
Petit monde de Charlotte, au
Secret de Terabithia, à
Narnia), est présent cette année avec
La Cité de l'ombre, tiré du roman à succès (du moins outre-atlantique) de Jeanne DuPrau.
Nous voici donc dans la cité d'Ember. 250 ans plus tôt, des scientifiques l'ont construite pour s'assurer de la survie de l'espèce humaine sur une planète menacée. La ville, complètement coupée du monde extérieur, fonctionne en autogestion ; son électricité est produite par un énorme générateur qui utilise la force d'une rivière. Seulement voilà : elle n'a été conçue que pour durer 200 ans, et si tout le monde est encore là c'est parce que le pouvoir, corrompu, a décidé de cacher la sortie. Alors que les pannes de courant se multiplient, deux enfants vont retrouver la clef et suivre les indices qui mèneront au monde extérieur.
Avec un thème finalement proche de celui de
Wall-E (sans le mignon petit robot) et sans doute autant de bonne intention,
La Cité de l'ombre est pourtant bien moins percutante. Le film part d'une constatation, le danger dans lequel nous mettons notre propre planète, et d'une solution, cette sorte de poche de survie, pour dénoncer notre comportement face à nos richesses, nos ressources. Il évoque aussi les risques qui peuvent subvenir lorsqu'on laisse tout faire pour la sauvegarde d'un peuple contre un danger qu'on ne connaît pas vraiment.
Nous voilà donc partis pour un jeu de piste plus ou moins intéressant, genre de
Benjamin Gates pour enfants ; enfin, disons plutôt pour enfants encore plus jeunes. C'est ingénieux mais peu crédible quand on le remet dans le contexte de l'histoire – ce sont tout de même les bâtisseurs qui sont censés l'avoir créé. On passe finalement la moitié du film à se demander pourquoi, avec leur niveau de technologie, ils n'ont pas simplement creusé un ascenseur, ce qui, reconnaissons-le, nous empêche de prendre l'histoire au sérieux.
La Cité en elle-même vaut le coup d'œil, tout comme son organisation : elle est une sorte de monstruosité sortie du cerveau d'un ingénieur du XIXème siècle qui aurait rencontré un utopiste. L'univers est créé par petites touches et laisse apparaître un fonctionnement organisé fondé sur un système de récupération, mais aussi une gestion ultra-contrôlée qui va presque jusqu'à la négation de la personnalité (les enfants se voient assigner leur métier lors d'une cérémonie de tirage au sort, et prennent la place des morts). Cet univers, mais aussi les couleurs et l'ambiance légèrement claustrophobe sont sans doute les points forts du film.
Le scénario a su changer les éléments qu'il fallait pour que le livre puisse passer correctement au cinéma – en particulier, le détail qui a néanmoins son importance pour le spectateur qui est sorti de l'adolescence : l'âge des héros ; avouons que 16 ans, c'est quand même plus crédible que 12. En revanche, en dehors de cette démarche positive, il esquisse un contexte à peine suffisant pour les enfants – public clairement visé – et bien trop vague pour que le spectateur lambda puisse vraiment s'intéresser à cette fable écologique. La première partie s'attache à la ville (c'est joli, mais finalement plat), la seconde au jeu de pistes qui manque franchement de substance, et nous finissons le film avec beaucoup trop de questions laissées en suspens. La fin du film reste ouverte, et propose même clairement une possibilité de suite. Jeane DuPrau a pour l'instant écrit 4 romans (dont une prequelle) dans cette série, donc ce n'est pas la matière qui manquera ...
Walden Media tiendrait-il alors sa franchise de fin d'année ?
La Cité de l'ombre tente de nous rappeler que la Terre est belle et que les ressources sont précieuses. Partant d'une bonne intention, le film n'arrive cependant pas à décoller et se contente de suivre gentiment les enfants dans toutes leurs courses à travers une ville qui devient finalement le seul intérêt de l'œuvre. Pour enfants exclusivement, les plus vieux s'ennuieront.