Mr. Nobody nous confronte à nos propres choix mais aussi à l'essence même de l'existence. Et si l'on décidait de ne pas choisir ?
Mr. Nodoby part d'un instant de vie. Un enfant, Nemo, qui voit ses parents se séparer, doit choisir : suivre sa mère et prendre le train, ou rester avec son père. Quelles seraient les conséquences de son choix ? Nemo a maintenant 120 ans et est le dernier mortel à s'éteindre d'une mort naturelle. Devenu une véritable bête de foire dans une société où toute la population préserve jeunesse et santé, l'homme revient une dernière fois sur son passé, sur sa (ses) vie(s) qui ont découlé de ce non choix anodin en apparence, mais tellement plus subtil qu'il n'y paraît.
Sept ans, c'est le temps qu'a mis
Jaco van Dormael pour écrire le scénario de
Mr. Nobody. C'est aussi l'occasion de récolter les 33 millions d'euros nécessaires au tournage. Et après avoir vu le film, on comprend mieux cette longue période de maturation. Le cinéaste s'embarque dans une expérience transversale et ambitieuse. La narration éclatée est vue comme une mosaïque dans laquelle chaque fragment est détaché du reste, tout en gardant une cohérence et un fil conducteur, Nemo (brillamment interprété par
Jared Leto). Naviguant sans cesse entre différents genres, effets de style et époques, le spectateur se prend une rafale d'images aussi poétiques que saisissantes en pleine figure. Le choix du petit garçon est laissé en suspend pour mieux construire cet arbre des possibles dans lequel émerge quelques 12 existences probables qui découlent d'une bribe de vie, d'une poussière parmi la poussière où pourtant, une simple goutte d'eau tombée quelque part sur Terre suffit à provoquer une série d'évènements en chaîne dans les quatre coins du monde. Ne nous méprenons pas, ce principe du « Et si » a déjà été moult fois exploré, on pense notamment au chef d'œuvre de
Michel Gondry,
Eternal Sunshine of a Spotless Mind, ou encore
L'effet Papillon, les kaléidoscopes spatiotemporels ayant depuis longtemps été l'instrument de nombreux cinéastes. Aussi, certains percevront sans doute une once de déjà-vu tandis que d'autres éprouveront plutôt un sentiment d'inquiétante étrangeté, préposant
Mr. Nobody au statut d'objet filmique non identifié. Impossible de définir le genre, ni le sens profond du film tant les niveaux de lecture sont aussi nombreux (sinon plus) que les vies qu'il narre.

Une certaine poésie émerge de ce récit futuriste, de cette interrogation existentielle qui remet en question l'importance des choix auxquels tout un chacun est confronté à chaque instant de sa vie. Car le film offre une vision paradoxalement réaliste sous ses airs de science fiction. Ce monsieur « personne » dont la mort programmée fait de lui finalement « quelqu'un », laisse toujours planer le doute quant à son identité. A-t-il aimé Jeanne, Anne ou Elise ? Peut-il avoir vécu toutes ces vies ? Le cinéaste jongle habilement avec ce prisme narratif, comme s'il faisait d'une vie, un film unique. Et le spectateur, dans tout ça, finit par trouver ses repères, par identifier les différentes subtilités esthétiques qui émanent de chacun des récits. En dépit de cette performance scénaristique, on ressentira toutefois un sentiment de saturation qui a pour but justement de nous éviter de « faire un choix », à l'instar de Nemo, mais qui nous tient finalement à distance des différentes émotions qui peuvent se dégager.
Sarah Polley,
Diane Kruger et
Linh-Dan Pham qui incarnent chacune une potentielle histoire d'amour se laissent effleurer du bout des doigts pour finalement nous échapper et ce, malgré une interprétation juste et poignante. La faute à un Nemo peut-être trop présent, qui n'a pas toujours laissé la pellicule de sa vie se déployer équitablement.
Un film bluffant, tant sur le fond que sur la forme, dans lequel chacun retrouve une part de soi, une part de vérité et où le concept du « Carpe Diem » demande finalement réflexion. Doit-on vivre au jour le jour ou prendre le temps de mesurer les conséquences de nos actes ?