Avec son adaptation du personnage de Largo Winch, Jérôme Salle prouve que bandes dessinées et cinéma peuvent parfois faire bon ménage.
Adapter sur grand écran une bande dessinée célèbre n'est pas chose facile. Parlez-en à
Jan Kounen (
Blueberry) ou
Philippe Haim (malheureux réalisateur de
Les Dalton qui vient cependant de rebondir avec son nouveau film
Secret Défense) : pas sûr qu'ils s'étendent sur le sujet tellement l'expérience qu'ils ont vécue a été rude et l'accueil désastreux. Ces dernières années, seul
Alain Chabat a réussi, avec son
Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre, à porter à l'écran une BD célèbre sans renoncer à son univers très personnel. Conclusion : adapter, c'est un peu trahir. Partant sur ces bonnes bases, Jérôme Salle et
Julien Rappeneau (qui a co-écrit le scénario de
Largo Winch) ont réussi un petit exploit : tout en s'inspirant des 4 premiers tomes de la BD, ils ont fait leur le personnage de
Largo Winch tout en restant fidèle à son créateur
Jean Van Hamme. Du coup, le film de Jérôme Salle s'avère d'une grande liberté (par exemple dans sa représentation de Largo ou de son père Nério) sans renier l'esprit de la BD.
Le film commence lorsque Nério se fait assassiner sur son yacht au large de Hong Kong. Nério mort, qui va lui succéder à la tête de son entreprise, le tout puissant « Groupe W » ? Son assistante, Ann Ferguson (kristin Scott Thomas toujours impeccable) ? Une société rivale qui veut racheter la majorité des parts de la multinationale ? Ou tout simplement le séduisant
Largo Winch qui, tout juste sorti d'une prison colombienne, débarque dans l'empire paternel sans se faire annoncer ?
Après un démarrage sur les chapeaux de roues, le
Largo Winch de Jérôme Salle (réalisateur du très hitchcockien
Anthony Zimmer) est quelque peu ralenti par les flashs back sur le passé de son personnage. Mais son scénario a su allier intrigues financières à la narration haletante et aux rebondissements multiples, intimité du héros qui ne peut que foncer vers un destin tout tracé et émotions en tous genres (romantisme avec la traitresse interprétée avec charme par
Mélanie Thierry, douceur dans les rapports de Largo avec sa mère adoptive). Paradoxalement, même si le passage du présent au passé n'est pas totalement fluide, c'est ce petit supplément d'âme qui fait de
Largo Winch une adaptation intelligente et brillante qui n'hésite pas à s'attarder sur le côté attachant et humain de son personnage déraciné et anticonformiste.
Tomer Sisley porte avec talent tout le poids d'un rôle pas évident : parfait dans les scènes d'action, il émeut dans les passages plus intimes. Evidemment, il n'est pas le Largo qu'on connait sous les coups de crayon de Philippe Francq, mais il va sans nul doute devenir la parfaite incarnation du Largo cinématographique. Equivalent français du James Bond américain,
Largo Winch devrait donner lieu à plusieurs suites et vite devenir une franchise. Bien que le premier de la série ne soit pas parfait (musique un peu trop omniprésente du non moins virtuose
Alexandre Desplat, intrigue légèrement difficile à suivre vu le nombre incalculable de renversements de situations), il est néanmoins d'une qualité non négligeable, proportionnelle au plaisir qu'on ressent durant ces 108 minutes qui en paraissent bien trente de moins. Les aficionados de la BD devraient apprécier mais il n'est pas impossible que les néophytes soient également séduits. Une bonne surprise donc.
Largo winch est un divertissement français de haute volée parfaitement réussi. La preuve : le film se regarde comme on feuillette une BD. Vivement la suite !