RocknRolla marque le retour sur scène du réalisateur de Snatch - tu braques ou tu raques… mais malheureusement celui aussi de Revolver.
A la fin des années 90
Guy Ritchie s'est imposé sur la scène mondiale en seulement deux films, Arnaque, crimes et botanique, et
Snatch - tu braques ou tu raques, laissant ainsi augurer d'un avenir prometteur dans le sillon du cinéma de genre britannique. Deux films, c'est exactement le temps qu'il lui a fallut pour grimper au sommet… mais également pour redescendre de son estrade. Parce qu'il a d'abord fait l'erreur de côtoyer un genre pour lequel il n'était pas fait (la comédie romantique
A la dérive) puis parce qu'il s'est cru plus malin et d'une trempe artistique supérieure (le gros n'importe nawak
Revolver),
Guy Ritchie a annihilé tous les espoirs mis en lui pour devenir un complet has-been aux yeux des cinéphiles. Son retour au type de production qui l'a rendu célèbre (la gangsta comedy) avec
RocknRolla, sonne donc comme un nouveau départ. L'homme a t-il su saisir sa chance ?
Un générique esthétiquement léché sur fond de musique rock, une bande de voleurs à la petite semaine, un caïd de Londres, une rockeur junkie présumé mort, ses agents, la mafia russe, une comptable en manque de frissons, des hommes de mains, un deal, des braquages, un tableau porte-bonheur… autant d'éléments disparates qui vont tous se retrouver connectés les uns aux autres. Pas de doute nous sommes bien revenu dans l'univers criminel complètement décalé de
Guy Ritchie et son goût pour les intrigues tarabiscotées gravitants autour d'un même point dont le nœud est progressivement dénoué. En la matière, le réalisateur démontre qu'il est à l'aise avec une narration morcelée, la profusion de personnages éclectiques et les dialogues caustiques faisant mouche (l'apprentissage de l'art de la baffe). Pourtant
RocknRolla ne peut prétendre à la réussite des premiers travaux de son auteur car il y domine toujours cette sensation que
Guy Ritchie se contente essentiellement de se reposer sur ses lauriers.
D'où l'apparition de lacunes dans la formule: ses protagonistes d'habitudes si hauts en couleurs manquent ici d'une couche au deux, ainsi que d'acteurs dotés de vraies gueules (quand il n'a pas sa barbe de 300 Gérard Butler est transparent,
Thandie Newton n'évoque rien…). Quant à la forme, soit
Guy Ritchie recycle ses figures de styles soit il choisit la méthode
Revolver, c'est à dire piquer ceux des collègues et de les balancer comme si c'était lui qui les avaient inventés (la peinture responsable du micmac nous est caché semblablement au mystérieux contenu de la mallette dans
Pulp Fiction). Certaines scènes auraient méritées un développement plus prononcé alors que d'autres ne servent strictement à rien, à l'image de la finalité de l'objet.
Ritchie a beau clamer son envie de traduire les bouleversements géographiques et sociaux de la capitale londonienne, c'est un son profondément creux qui en émane.
Le metteur en scène n'est pas un fin observateur de l'actualité, un philosophe de l'âme humaine et encore moins un fin dialoguiste capable de marier discours sérieux et décontraction (l'inverse de
Joe Carnahan et de son
Mi$e à prix l'ayant sans doute cloué au poteau). Son truc c'est le fun pour le fun et il est temps pour lui de le comprendre une bonne fois pour toute et de calmer ses ardeurs et désirs de grandeur avec son intention de faire de
RocknRolla le premier épisode (le second est annoncé à la fin) d'une future trilogie qui d'emblée ne se s'impose pas de façon évidente. A l'intéressé de prouver le contraire.
Délirant, drôle, plutôt agréable à regarder mais pas suffisamment assez pour replacer complément notre confiance en Guy Ritchie. Il y a du mieux certes mais le réalisateur doit encore faire ses preuves.