« La plupart des gens respectent l'insigne. Tout le monde respecte le flingue ». Et qu'en est-il du respect du spectateur ? A croire La loi et l'ordre, il n'existe plus.
Un restaurant. Une table centrale. Assis à cette table deux hommes, d'un côté
Robert De Niro, de l'autre
Al Pacino. Pour seule action, une conversation de dix minutes, simplement captée par un banal champ/contre champ. Voilà comment il y a douze ans avec
Heat,
Michael Mann offrait la première rencontre à l'écran de ces deux monstres sacrés du cinéma américain. En s'effaçant derrière une apparente simplicité technique pour laisser le terrain libre à ses comédiens d'exprimer sciemment les sentiments de leurs personnages, permettant ainsi au spectateur d'apprécier toute la retenue d'une interprétation générale au sommet. Dix petites minutes mais au final une scène inoubliable, entrée directement dans la légende du 7ème art. Ce qui n'est clairement pas près d'arriver à ce ronflant de
Jon Avnet et à son
La Loi et l'ordre tentant vainement de retrouver cette alchimie.
Les inspecteurs Rooster (
De Niro) et Turk (
Pacino) arpentent ensemble les rues malfamées de New York depuis trente ans maintenant. Pendant ce laps de temps ils ont vu les pires crimes qui soient, ont été confrontés aux plus dangereux criminels de la ville. Assassins, violeurs, proxénètes, dealers… un grand nombre d'entre eux ont été arrêtés par les deux compères mais beaucoup ont réussi à échapper à la justice par manque de preuves, erreur de procédures judiciaires etc. Ce qui leur laisse de plus en plus un goût amer, surtout à l'agent Rooster ne pouvant cacher sa colère devant la libération de dangereux prédateurs. C'est à ce moment-là qu'une série de meurtres obéissant au même mode opératoire fait son apparition. Les victimes ont toutes un rapport avec Rooster. Le policier aurait-il franchi la ligne ?
Telle est la question que doit résoudre ce piteux thriller, détestable à souhait, non pas parce qu'il fait l'affront de se croire plus malin qu'il ne l'est en vérité avec son suspense vieillot dissimulé sous une forme narrative inutilement retournée dans tous les sens pour faire moderne, mais parce qu'il prend clairement son audience (nous en l'occurrence) pour une bande de lobotomisés du cerveau. Sans vouloir gâcher la ridicule conclusion du film, le scénario de
Russell Gerwitz s'acharne tellement à nous convaincre de la culpabilité de Rooster qu'il ne faut pas plus d'un quart d'heure pour deviner qu'il doit y avoir forcément anguille sous roche, et logiquement porter son attention sur le présumé responsable le plus évident. Difficile à croire que l'homme derrière le très bon
Inside Man - l'homme de l'intérieur soit le gauche manipulateur ne prenant pas la peine ici de cacher les ficelles, par ailleurs épaisses de trois mètres, d'un stratagème vide de sens, aboutissant sur un absurde final inversé du chef-d'œuvre de
Mann.
Malheureusement le désastre ne s'arrête pas là et empiète sur son duo de vedettes (sans lequel
La Loi Et l'ordre n'aurait sûrement jamais connu une sortie salle) lancé dans un libre concours de grimaces. Il faut voir
Robert De Niro rouler des yeux lorsque ses collègues suspectent l'implication d'un flic dans l'affaire ou
Al Pacino singer à tout va ses précédentes prestations. Le mythe en prend un sacré coup dans la tronche, surtout quand on se met à penser malgré soi que
50 Cent (dans le rôle secondaire d'un dealer) fait une meilleure démonstration de jeu. On croit rêver ! Si encore, la mise en scène inexistante en profitait pour dévoiler davantage les voluptueuses courbes de la polissonne
Carla Gugino, une minuscule raison se serait profilée de ne pas complètement descendre cette déshonorante réunification de star qui pour le bien de l'Histoire n'aurait jamais dû voir le jour.
De la subtile et mythique confrontation de De Niro/Pacino dans Heat, on est passé d’un coup à l’alliance popote, convenue et à la limite du grotesque de La loi et l’ordre. Forcément, le choc est rude.