Après Tom Cruise en samourai et Leonardo DiCaprio en chasseur de diamants, Edward Zwick met Daniel Craig en résistant polonais dans Les Insurgés.
On sait le réalisateur
Edward Zwick capable du bon comme du moins bon, même s'il faut reconnaître ses qualités de faiseur appliqué, voire même très appliqué comme dans son dernier film, le très bon
Blood Diamond, fier représentant de l'edutainment (comprendre « éducatif et divertissant »). Le voilà qui s'attaque à une histoire vraie, celle d'un groupe de Juifs polonais menés par quatre frères, s'étant regroupés dans une forêt biélorusse afin de résister aux nazis lors de la Seconde Guerre Mondiale. Certains se joindront aux forces russes tandis que d'autres feront corps, ensemble, au sein d'une communauté à gérer au quotidien.
On se rend compte assez rapidement du problème auquel se retrouve confronté le metteur en scène ici. Visiblement désireux de rester assez intimiste, mais aussi contraint de verser quelque peu dans le spectaculaire pour justifier son aspect « blockbuster »,
Les Insurgés n'arbore pas cette cohésion qui lui aurait permis d'être une œuvre qui prenne le spectateur complètement aux tripes. Ne sachant sur quel pied danser et s'étirant sur ses 2h15 qui manquent un peu de rythme (étonnant de la part d'un réalisateur rompu à l'exercice du blockbuster), le film peine donc à nous emporter totalement avec lui, bien qu'il ne soit pas raté pour autant.
En effet,
Les Insurgés réussit convenablement à exposer quelques thèmes comme la prise en charge au jour le jour d'une communauté fragile. Avec la montée de rancoeurs sourdes et de concurrence inévitable, certains égos se frottent non sans heurts, au risque de déséquilibrer ce petit univers bien fragile. On appréciera également la manière dont
Edward Zwick évite tout manichéisme, ne définissant à aucun moment de véritable gentil ou méchant, préférant laisser une dose d'ambiguïté bienvenue, illustrée au cours de quelques scènes moralement condamnables. Le metteur en scène parvient à démontrer en ce sens qu'il n'y a aucun héros en temps de guerre, simplement des hommes qui tentent de s'en sortir, avec leurs forces et leurs faiblesses, et leur lot de défauts. Des êtres humains en somme.
Le film montre également, assez brièvement mais le montre quand même, que les femmes s'engageaient aussi militairement durant cette guerre, prenant part aux combats. Un aspect rarement révélé dans les films hollywoodiens. Du côté de l'interprétation, si les seconds rôles semblent être quelque peu taillés à la serpe, les acteurs principaux ne faillissent pas à la tâche,
Daniel Craig en tête. Le blond aux yeux bleus parvient illico à se défaire de l'image pourtant forcément collante de 007, pour livrer une prestation très juste de ce chef improvisé, avec ses failles et ses doutes. Il est entouré d'un
Liev Schreiber qui se sert avec justesse de son physique pour camper comme il faut le « rebelle » de la famille, tandis que
Jamie Bell confirme film après film son talent.
Plombé par un manque de rythme handicapant, Les Insurgés aborde tout de même plutôt efficacement quelques thèmes et évite agréablement tout manichéisme pour montrer l'être humain tel qu'il est en temps de crise, avec ses forces et faiblesses. Les acteurs assurent, Daniel Craig en tête.