Quinze ans après sa première incursion sur grand écran, la franchise Street Fighter revient dans les bacs vidéo avec l'intention de corriger le tir. Ah bon vraiment ?
Si on pointe souvent du doigt les bourdes de nos distributeurs français - se résumant généralement à exploiter des tueries étrangères directement en vidéo pendant que certains navetons commerciaux se voient gratifiés d'un parterre de salles indécent - il arrive que ceux-ci fassent correctement leur boulot. Echec ou non au box-office US,
Street Fighter : Legend of Chun Li ne méritait certainement pas une sortie de prestige.
S'il y en avaient encore pour espérer quelque chose de cette nouvelle adaptation ciné de la star des jeux vidéos de baston, à ceux-ci nous répondront simplement que le film d'
Andrzej Bartowiak, tâcheron aussi peu à l'aise avec les transpositions vidéoludiques (
Doom) qu'avec les bandes d'arts martiaux (
Roméo doit mourir), nous leur dirons simplement que le résultat est aussi ringard que l'impayable nanar avec JCVD. Toute la différence tient dans le seul fait que le premier
Street Fighter reste une amusante bouffonnerie kitsch alors que le second ne provoque que consternation et ennui. Pour le reste, il est regrettable de constater qu'en vingt ans, Hollywood n'a toujours pas compris comment assimiler des licences fédérant des millions de gamers avec les impératifs narratifs du 7ième art. Pas plus qu'il n'a compris ceux du cinéma d'action asiatique qu'il ne cesse de caricaturer.
Pur outil de pompe à fric conçu par des producteurs n'entravant rien à la culture de ceux à qui ils s'adressent,
Street Fighter : Legend of Chun Li n'est là que pour soutirer l'argent du chaland mais n'a aucunement le désir de la contenter. En 1994, les exécutifs avaient au moins le mérite de prendre une grande majorité du bestiaire de combattants disponibles. En 2009 on prend juste une poignée de noms identifiables par les fans qu'on colle sur des personnages plus ou moins raccords avec le matériau d'origine et qu'on injecte dans un univers passe partout. Pour la fidélité il faudra donc repasser mais ce n'est le moindre des défauts d'une entreprise au scénario à peine digne des DTV de bourrins inondant les vidéoclubs. On vous épargnera le résumé de l'intrigue épaissit par une flopée de fils blancs. Sachez seulement que ce
Street Fighter se la joue gros spin-off centré sur l'héroïne du titre (la t
arte Kristin Kreuk) qui veut venger l'enlèvement de son père par le mafieux Bison, lui-même poursuivit par des agents fédéraux…
Au milieu de cet indigeste méli-mélo, vague excuse pour justifier le lancement d'une franchise exponentielle (le but était clairement de présenter un protagoniste par opus comme le laisse supposer l'évocation de Ryu dans le final), on trouve bien évidemment des affrontements tous plus désolants les uns que les autres. Entre action mal découpée, chorégraphies automatisées et pirouettes câblées à tous les étages, les comédiens soit has-been fadasses en puissance ou simples égarés (mais tous des non pratiquants du kung-fu of course) sont encore moins à l'aise quand il s'agit de se remuer que lorsqu'il faut déclamer avec le plus grand des sérieux des répliques vaseuses au ridicule contagieux. L'unique matière à retirer de cette catastrophe reste finalement une interrogation : le jeu de baston peut-il vraiment se décalquer autre part que sur console? Le débat est lancé.
Moins drôle que son prédécesseur mais assurément tout aussi lamentable d'opportunisme, ce nouveau Street Fighter : Legend of Chun Li sent le bon gros Z des familles.