Après la trilogie du Seigneur des Anneaux, difficile de faire mieux pour Peter Jackson. Vraiment ?
Susie Salmon est une jeune fille comme les autres qui rêve de garçons et d'aventure à travers les champs. Depuis l'acquisition d'un appareil photo, elle se découvre même une véritable passion. Mais le jour où elle va se faire brutalement assassiner par un criminel sexuel, ses parents n'auront de cesse de trouver un coupable, même si pour cela, il faudra passer par des chemins aussi fantastiques que dangereux.
Les fans de
Peter Jackson l'auront attendu. Ce nouveau film du réalisateur de la trilogie mettant en scène Frodon et toute sa clique revient enfin au cinéma dans une adaptation du best seller d'<>Alice Sebold (La Nostalgie de l'Ange), mondialement connu et qui permet à notre homme de partir sur des bases solides. Si dans ce genre de domaine, la plupart des scénarios tentent de nous insuffler un peu de suspens, ici, on choisit de nous dévoiler le tueur dès les premières minutes - ou presque. Après tout, l'intérêt n'est pas là, car la particularité de ce drame prenant des airs de blockbusters, c'est que Susie n'est pas tout à fait morte. Elle est en effet entre « le ciel et la terre », une phrase qui ne veut pas dire grand-chose comme ça, mais qui prend tout son sens lorsque l'on s'aperçoit que la jeune fille vit l'enquête sur sa disparition d'un œil extérieur, jugeant le monde autour d'elle, tentant d'aider ses parents à surmonter la peine. A l'image récente d'un
Grey's Anatomy qui nous montre le passage entre la vie et la mort dans un ascenseur,
Lovely Bones s'aventure dans ce lieu grâce à l'imagination de la défunte héroïne.
Et c'est là que toute l'imagination de
Peter Jackson fait son travail. Car l'intérêt principal du film va être de nous embarquer dans une aventure hors du commun, intemporelle, pour tenter de comprendre les éléments fantasmagoriques sortant de l'esprit de Susie. Prenant le parti-pris d'être à la fois réaliste et fantastique,
Lovely Bones peut prêter à confusion, et nul doute que malgré des scènes absolument éblouissantes, comme les bateaux émergeants des bouteilles sur un rivage énigmatique, il divisera.
Cette absence de suspens autour du nom du tueur, ou même de son identité n'est pourtant pas une tare. Bien au contraire, car on va ensemble parvenir à la résolution d'un crime progressivement, en s'attardant sur les moindres détails. La façon dont
Peter Jackson a voulu rendre son univers réaliste est telle que l'on éprouve plus d'intérêt à déceler cette précision presque impensable. La retranscription des années 70 et de son atmosphère si particulière et kitch rend le tout incroyablement crédible, tout comme l'ambiance musicale qui sert de cerise sur le gâteau. Mais ce qui est encore plus fort, c'est le sentiment d'impuissance ressortant du comportement des parents et de tout un quartier qui ne comprend pas un tel degré de violence. Le spectateur tente de saisir alors comment on peut vivre avec un poids aussi difficile sur la conscience, et surtout sans la moindre idée du destin de sa fille qui, malgré l'abondance de sang, n'a pas laissé son corps derrière elle en partant pour le paradis.
Outre une réalisation particulièrement saisissante,
Lovely Bones dispose d'un casting de choix. A commencer par
Saoirse Ronan, le personnage principal, qui nous interprète une Susie étonnamment merveilleuse, oscillant entre désespoir et espérance ; le couple
Mark Wahlberg et
Rachel Weisz, touchant et montrant à quel point il est difficile de perdre un enfant, et enfin
Susan Sarandon, la mamie de « 35 ans », qui fume, boit tout ce qu'elle peut et qui était finalement la principale confidente de Susie. Elle aussi malgré un humour bien présent, respire la tristesse, et cela se voit grâce à un jeu d'acteur efficace. N'oublions pas
Stanley Tucci qui joue brillamemnt bien le violeur/tueur à la fois troublant et terrifiant.
On pourrait râler à propos d'une conclusion trop moralisatrice et les meurtres trop occultés, mais au final, l'œuvre dans son ensemble est une réussite comme seul Peter Jackson sait les faire. Pourvu que ça dure.