Ron Howard nous raconte l'une des plus célèbres interviews de l'Histoire. Classique, mais prenant.
Le film commence au moment où Nixon quitte la maison blanche, en 74. Mais ce n'est pas le Watergate qui nous intéresse ici :
Frost / Nixon, l'heure de vérité est en fait un faux documentaire sur la célèbre série d'interviews de Nixon organisées trois ans plus tard par Frost. David Frost, c'est un présentateur de talkshow anglais ambitieux qui cherche le succès. Sans crédibilité, sans autre motif apparemment que celui de se faire un nom aux Etats-Unis et de profiter de l'importance de l'évènement, il emmène son producteur avec lui et se lance dans l'aventure. Son équipe prépare la série d'interviews en se renseignant sur le passé de Nixon, en reconstituant des infos qui pourront resservir ensuite. Mais Frost n'est pas vraiment à la hauteur, et il est loin de pouvoir se mesurer à
Nixon.
Ron Howard nous avait laissé plus que dubitatif après ses dernières œuvres. Il s'attaque ici à la mise en scène pour le cinéma d'une pièce de théâtre ; pari risqué pour un réalisateur qui a – malheureusement – fait du classicisme outré sa signature. Pourtant, il s'en sort des plus honorablement et met son sens du spectacle et de la dramaturgie (parfois facile, reconnaissons-le) au service du scénario de
Peter Morgan. L'approche du documentaire permet de nous plonger réellement dans l'histoire tout en apportant à l'ensemble une distanciation intéressante. Il n'y a pas de voix off, simplement des morceaux d'interviews des principaux protagonistes glissés tout au long de la narration.
Le fait de s'intéresser à Nixon trois ans après son départ de la Maison Blanche permet d'aborder une page importante de l'histoire moderne des Etats-Unis avec un angle d'attaque différent de celui qu'on pouvait prévoir, et surtout de se pencher non pas sur le politicien mais sur l'homme, celui qui, bien qu'étant un remarquable marionnettiste, a fini par reconnaître ses erreurs face à un journaliste qui n'avait apparemment pas la carrure pour recevoir une telle confession. Finalement, nous avons là un beau portrait de Nixon au-delà de l'homme de pouvoir et pour nous Français, qui avons vu le Watergate comme le symbole de la corruption politique, cela donne une nouvelle perspective ; on oublie facilement, il est vrai, les autres actions de Nixon, jusqu'au personnage politique même derrière ce scandale, et le film nous rappelle qu'il n'y a pas que cela à retenir.

S'oppose à Nixon Frost, personnage fantasque, womanizer à la respectabilité remise en cause. On nous montre la rencontre de ces deux hommes comme un thriller psychologique, ce qui fonctionne bien et est aidé en cela par la musique de
Hans Zimmer (qui, on l'apprécie, sort pour l'occasion de ses habitudes). Chacun se mesure, tâte le terrain, estime la force de l'autre. En même temps, le film s'attarde aussi à montrer l'envers du décor d'une interview d'une telle importance (le fonctionnement, la préparation, les conseillers, …), tout en restant centré sur l'interview elle-même (qui ne commence pourtant qu'à la moitié du film).
Comme dans tout film adaptant une pièce de théâtre il y a besoin, pour que l'ensemble fonctionne, de bons acteurs. On redécouvre ici
Michael Sheen, que l'on connaît surtout pour son rôle pas toujours impressionnant de Lucian dans
Underworld mais qui nous avait déjà bluffé en Tony Blair dans the Queen ; face à lui
Frank Langella, Nixon jusqu'au bout de l'accent. Ils sont entourés de seconds rôles de talent (
Kevin Bacon, Matthew MacFadyen,
Oliver Platt,
Sam Rockwell) qui font fonctionner cette reconstitution historique.
Frost / Nixon a une facture très classique, mais on s'attache à la rencontre de ces deux personnages historiques et on se laisse volontiers avoir par le syndrome du Titanic : même si on connaît la fin, le chemin à parcourir nous tient en haleine.