Le réalisateur de Cube et Cypher revient avec une histoire de manipulations génétiques. Fallait pas tout tripatouiller !
Arrivé sans prévenir en 1999 avec l'original
Cube,
Vincenzo Natali avait confirmé les promesses d'un talent naissant avec l'habile
Cypher en 2003. On attendait donc de pied ferme ce prometteur
Splice, qui avait seulement été précédé en 2007 par un
Nothing un peu passé à la trappe de la distribution cinématographique. Il est vrai qu'une histoire de manipulations génétiques mal maîtrisées semblait parfaitement convenir au réalisateur capable de créer les univers retors de ses précédentes œuvres, et on faisait bien d'espérer ! Nous voilà propulsés aux côtés d'Elsa et Clive, un jeune couple de scientifiques talentueux qui travaillent sur un important projet. Conscients que leurs supérieurs ne leur donneront pas l'aval pour utiliser de l'ADN humain dans leurs expérimentations, ils décident de le faire sans autorisation et vont donner vie à une créature hybride, qu'ils hésiteront à garder en vie mais à laquelle ils auront vite fait de s'attacher. Et à ce moment-là, il est trop tard pour reculer…
Cube et
Cypher démontraient déjà habilement certaines facettes de la folie humaine en se parant d'une insidieuse ambiance oppressante que l'on retrouve dans ce film pointant efficacement du doigt les dérives de la recherche génétique. Avec
Splice,
Vincenzo Natali continue de parfaire son univers et sa mise en scène, et il le fait avec une histoire limpide, remarquablement écrite, qui va à l'essentiel sans chercher à chipoter, se servant de ce qui peut paraître comme une simple histoire de monstre pour traiter de thèmes aussi différents que la difficile vie de couple dans le monde moderne, l'acceptation d'élever un enfant « différent », l'apparition de pulsions malsaines chez l'être humain ou encore l'inusable prétention de celui-ci, se croyant capable de gérer des situations qu'il ne contrôle en fait pas du tout. Par ses aspects sombres, francs du collier, n'hésitant pas à montrer des scènes sanglantes peu ragoûtantes et sa faculté à ériger une créature en être réellement charismatique,
Splice n'est pas sans rappeler certaines œuvres du
David Cronenberg des débuts, et ce n'est pas le plus petit des compliments qu'on puisse lui faire.
Orné de personnages plus complexes qu'ils n'y paraissent avec quelques sombres histoires familiales à la clé, le film de
Vincenzo Natali expose brillamment la confusion des esprits et des sentiments qui règnent chez les protagonistes, faisant de Dren (c'est le petit nom de la créature) le centre de tous les désirs (avouables ou non), jusqu'à un point culminant lors d'une scène osée et graphiquement superbe où les barrières seront franchies. On se retrouve en définitive devant une œuvre réussie dans sa globalité, où les effets spéciaux sont également saisissants, le personnage de Dren ayant un rendu réaliste époustouflant superbement accompagné par la performance très juste de
Delphine Chanéac, la petite française qui apporte ici les gestuelles et expressions adéquates pour donner la part humaine essentielle à la crédibilité des situations, où elle sera tour à tour inquiétante et attachante. Elle a à côté d'elle un duo
Sarah Polley /
Adrien Brody appliqué qui parvient à créer un couple plausible, à la fois plein de doutes et de passion, créateurs d'un monstre qui aura vite fait de leur échapper.
Habile film de monstre à messages multiples, Splice confirme que Vincenzo Natali est un metteur en scène qu'il faut toujours suivre de très près.