Paul W.S. Anderson essaie de nous en mettre plein la vue en organisant une course de voiture sans pitié. Mais un film c'est comme une voiture, ça s'entretient. Et là, le cinéaste a oublié de graisser le moteur.
Course à la mort est le remake du film de
Paul Bartel réalisé en 1975 :
La course à la mort de l'an 2000 qui réunissait
Sylvester Stallone et
David Carradine.
Paul W.S. Anderson a acquis les droits du film en 1994 et a fait mûrir son projet pendant 14 ans. Dans une Amérique futuriste plongée dans le chaos d'une crise financière et débordant de meurtriers, se tient une sorte d'émission de téléréalité, une course automobile dont le but consiste à faire le plus de morts parmi les concurrents. Ca tombe bien, car ce sont les prisonniers qui conduisent, autrement dit, ils n'ont rien à perdre mais tout à y gagner. En effet, celui qui comptabilise cinq victoires retrouvera sa liberté. Jensen Ames (
Jason Statham) ex-champion de course automobile, est accusé injustement du meurtre de sa femme et jeté en prison. Il va participer à cette course à la mort. Le compte à rebours est lancé pendant trois jours, que le meilleur meurtrier gagne.
Voilà encore une grosse production qui donne aux spectateurs de l'action, des cascades, des effets spéciaux et un scénario décevant qui n'est qu'un prétexte au blockbuster. Des figures patibulaires qui s'entretuent dans la cour d'une prison, passe encore, car beaucoup sont avides de ce genre de combat gladiatoresque. En revanche, alimenter le film d'une trame narrative plus que prévisible donne au film des allures de clone. L'innocent ex-champion de course automobile va devoir gagner une course de voiture (quelle coïncidence !) pour retrouver la liberté promise par une directrice de prison diabolique. Ajoutez à cela une fin que l'on connaît tous (chut, ne disons rien au cas où), des personnages sculptés autant de l'extérieur qu'ils manquent cruellement de l'être à l'intérieur (et il y en a des muscles..) et on dit « merci » à
Paul W.S. Anderson de rester fidèle à lui-même. Car il ne faut pas clamer l'escroquerie scénaristique en sortant de la salle. Après des films comme
Mortal Kombat et
Alien versus Prédator, nous avons déjà vu le cinéaste s'imposer dans l'univers des blockbusters de série B en filmant des histoires sans âme, faisant abstraction des détails narratifs. Le scénario ne vole vraiment pas haut, pour ne pas dire au raz du sol, mais on était prévenu donc c'est à prendre ou à laisser.
Dans
Course à la mort, nous sommes plutôt dans le côté spectaculaire, des meurtres assez gores pour nous convaincre de rester jusqu'à la fin sans ciller. La consommation et la contemplation visuelle restent les mots d'ordre dans le cinéma d'
Anderson, il ne faut donc pas compter sur une quelconque réflexion et se laisser aller à la pure distraction. Et en bon cinéphile que nous sommes, il faut bien parfois laisser notre cerveau à l'entrée de la salle, histoire de le garder intact pour un film plus intelligent. Aussi c'est sans complexe que
Paul W.S. Anderson nous en met plein la vue. Et il faut bien l'admettre, si l'on ôte l'intelligence scénaristique pour ne laisser que la course et le visuel, il nous épate. Quant aux figures caricaturales et stéréotypées qui pilotent les bolides tunnés, à défaut de nous surprendre, elles nous distraient. Enfin,
Jason Statham en pilote de course ne s'en sort pas trop mal dans ce remake où il marche sur les pas de
Sylvester Stallone. Pour un acteur qui n'a pas la chance d'être porté par les plus grands cinéastes, il se fraye un chemin sinueux mais efficace dans l'industrie cinématographique et plus précisément dans les blockbusters d'action.
Parcours qui le rend désormais incontournable dans le genre.
Un film sans âme qui s’assume, ce n’est pas tous les jours qu’on en voit. Anderson ne revendique pas l’intelligence dans ses films et cette sincérité ôte toute frustration pour ne laisser que le côté divertissant.