Remake d’un bijou du cinéma fantastique américain, 666 – La Malédiction fait partie de ces films briseurs de rêve qui viennent nous rappeler que si Hollywood est capable du meilleur, elle l’est aussi du pire.
Les attentats du
World Trade Center, le Tsunami en Asie, le traité de
Rome et maintenant, une comète : les signes sont nombreux et pour le Vatican, cela ne fait plus aucun doute. La venue de l’Antéchrist sur Terre est imminente ! Lorsque Robert et Katherine Thorn se réjouissent de la venue au monde de leur fils Damien, ils ne se doutent pas que quelques années plus tard, l’enfant va transformer leur vie en cauchemar. En effet, tout semble indiquer que Damien soit cet être démoniaque responsable d’un futur Armageddon.
666 – La Malédiction invente une nouvelle forme de remake, à mi-chemin entre le travail de copiste et la performance de perroquet. En effet,
John Moore se contente de recopier scène par scène le film original en le
« rafraîchissant »- comprenez en le réactualisant vaguement. On se retrouve donc face à un remake zombifié fait d’un enchaînement d’images vides de toute humanité, le réalisateur se révélant incapable de faire surgir la moindre étincelle de frisson et la moindre seconde d’empathie pour ses personnages.
John Moore tourne son film comme un employé de fast-food, et en oublie de poser au spectateur la question essentielle, celle qui fait tout l’intérêt du film original de
Richard Donner comme du
Rosemary’s Baby de
Polanski : cet enfant est-il réellement l’Antéchrist ? Dans cette version 2006 d’un classique du cinéma fantastique, le doute, l’effroi et l’angoisse ne sont plus d’actualité, et la psychologie des personnages est totalement inexistante. Les motivations de
John Moore et de ses producteurs semblent résider ailleurs. L’alchimie de la peur selon
Richard Donner, subtil mélange de paranoïa et de superstition, semble être une recette trop complexe pour
John Moore. Ce dernier se révélant incapable de donner le moindre intérêt à l’histoire qu’il raconte.
666 - La Malédiction est un néant cinématographique terrifiant.
Car il est bien miséricordieux celui qui trouvera des qualités à ce long-métrage pauvre et insignifiant, dans sa mise en scène comme dans ses enjeux. Le petit garçon incarnant Damien est un morveux horripilant dirigé comme un chien savant. Le reste du casting donne également des envies morbides. Seuls la troublante
Mia Farrow et le définitivement très sexy
David Thewlis parviennent à imprégner la pellicule de leur magnétisme et ce malgré leurs personnages à l’activité bioélectrique nulle. Collabo d’un cahier des charges anti-artistique et absurde,
John Moore semble mettre en scène son film avec une seule urgence, celle de le finir à temps pour le 06/06/06. Il faut fabriquer des images le plus vite possible, créer du suspense, faire surgir la peur, par tous les moyens, quel qu’en soit le prix, c'est-à-dire en recourant aux effets les plus éculés et les plus gratuits. On sursaute souvent devant
666, comme le ferait un chien avec le klaxon d’une voiture.
La Malédiction de
Moore c’est donc ça : un film qui prend son spectateur pour un labrador, un sinistre pantin sur ressort qui n’a d’effrayant que les deux gros dollars scintillants dans ses orbites. Pas assez cheap pour être attachant, pas assez divertissant pour être agréable, 666 – La Malédiction est un film capitaliste et froid, à l’image de ce que l’industrie hollywoodienne a de plus détestable.