4 mois, 3 semaines et 2 jours est une Palme d'Or qui a mis d'accord autant le Jury que la presse cette année à Cannes. A juste titre.
Le cinéma roumain est rarement mis en avant. Hormis des films comme
12h08 à l'est de Bucarest, les films sortent rarement de leur patrie d'origine. Alors, lorsqu'un Festival aussi important que celui de Cannes donne plus qu'un coup de pouce en offrant la Palme d'Or a un film aussi authentique et fort que
4 mois, 3 semaines et 2 jours, le geste ne peut être que salué. Prenant place dans la Roumanie de Ceaucescu, le film suit le parcours d'une jeune femme qui vient en aide à une de ses amies pour l'aider à avorter, en toute illégalité. Devant cacher l'opération, qui prendra place le soir même dans un hôtel, à son copain, elle va se voir embarquer dans une situation plus compliquée et risquée que prévu.
Stephen Frears et son Jury ont visé juste cette année à Cannes, et l'enthousiasme simultané de la presse est tout à fait compréhensible envers ce film fort, froid et jamais moralisateur. Il sait marquer les esprits par une authenticité dans le traitement de son propos et une réalisation sans fioritures qui met le spectateur au plus proche des protagonistes, nous faisant vivre ce cauchemar éveillé de près. Il est formidablement servi par deux actrices exceptionnelles de justesse et de fragilité, et la présence glaciale de ce « Mr bébé », homme énigmatique et pourtant terriblement inquiétant, reflétant l'état d'une Roumanie vivant dans l'oppression, qui s'arrange avec ses clientes pour tenter des avortements très risqués, autant vis-à-vis de la loi que physiquement.
Véritablement puissant et prenant, le film l'est grâce à une réalisation pleine de maîtrise de la part de
Cristian Mungiu. En effet, avec un minimum de moyens, il arrive à donner une réelle intensité à son métrage par des scènes fortes très bien dialoguées et interprétées (la préparation de l'avortement en est l'exemple parfait) et quelques plans séquences époustouflants comme lorsque l'héroïne participe à un repas familial malgré elle et doit subir toutes les futilités d'usage alors qu'elle a bien d'autres choses en tête. On en profitera pour souligner la formidable interprétation de
Anamaria Marinca, auteur d'une performance toute à fleur de peau qui est pour beaucoup dans l'attachement du spectateur à cette histoire ô combien tragique.
Sur un propos fort et risqué pour lequel n'importe quel tâcheron aurait pu se vautrer dans un mauvais goût certain,
Cristian Mungiu fait preuve d'un traitement d'une grande dignité et d'une réserve bienvenue, préférant le hors-champ, bien plus propice à instaurer un réel malaise et conserver les enjeux au niveau où ils doivent se situer, c'est-à-dire sur un plan psychologique. Profitant du thème de l'avortement pour pointer du doigt les défauts d'un pays malade, il montre une nation aux rouages administratifs grippés, baignant dans la répression la plus effrayante. Ne donnant jamais dans l'exercice démonstratif éloquent,
Cristian Mungiu tire sa force d'un minimalisme tout à fait à propos dans un film tristement réaliste et qui ne tente de donner à aucun moment de leçons de morale. Une belle Palme d'Or. Palme d’Or à l’unanimité du Jury et de la presse cette année à Cannes, 4 mois, 3 semaines et 2 jours est un film fort qui sait marquer les esprits grâce à une réalisation digne et inspirée sur un propos sensible, et à une interprétation exceptionnelle.