Quand le réalisateur du violent La Peur au ventre s'essaye au film choral à caractère social, cela donne Droit de passage.
Le
Collision de
Paul Haggis a une progéniture. Son nom :
Droit de passage, troisième long-métrage de
Wayne Kramer qui se destine à suivre les traces exactes de son fier papa. Nous revoilà donc plongés dans le quotidien de Los Angeles où s'entrecroisent les destins d'une dizaine de personnages, plusieurs anonymes reliés entre eux par un même fil invisible. Pendant qu'un flic de l'immigration désabusé (
Harrison Ford) se démène pour retrouver une clandestine qu'il a arrêtée et tente de découvrir le meurtrier de la sœur de son coéquipier, une actrice australienne (
Alice Eve) rêvant de gloire hollywoodienne est sexuellement abusée par un employé administratif (
Ray Liotta) susceptible de lui fournir la fameuse carte verte de ses désirs. Cet employé, lui, est l'époux d'une avocate (
Ashley Judd) désireuse d'adopter une petite africaine menacée d'expulsion tandis qu'elle défend les droits civiques d'une adolescente musulmane sur le point d'être bannie des Etats-Unis pour ses opinions politique(ment) incorrectes…
La thématique du racisme est ici remplacée par la dénonciation des dérives d'un système social qui transforme peu à peu l'Amérique post 11 septembre en nation renfermée sur elle, obnubilant son rôle historique de terre d'accueil. Mais reprendre la formule de
Collision en variant uniquement le sujet ne garantit pas la même réussite artistique : aussi passionnant que peut se montrer le film choral, celui-ci requiert une écriture tout en finesse. C'est bien là que réside tout le problème de ce
Droit de passage qui ne fait qu'user de grosses ficelles et d'un sentimentalisme larmoyant pour broder son plaidoyer en faveur de plus de tolérance vis à vis des immigrés de la part du gouvernement américain. Entre développement de situations pas toujours utiles (l'enquête policière dont on devine d'emblée la fin), de péripéties improbables (la fusillade de la supérette) et de raccourcis visibles, les bonnes intentions de départ périclitent assez rapidement sous une leçon de morale qui finit par énerver.
Surtout que le ton engagé de
Droit de passage disparaît dans le climax final au profit d'une énième congratulation du rêve américain et des ses (inattaquables ?) valeurs. Si les USA refusent l'accès à ses richesses à la majorité du monde forcément nécessiteux, en contrepartie elle offre toutes les opportunités pour les quelques heureux gagnants d'un titre de séjour permanent, nous dit en filigrane le réalisateur. Un discours vraiment et honnêtement subjectif venant de quelqu'un à l'origine citoyen sud-africain nationalisé chez l'Oncle Sam depuis maintenant dix ans ? On peut légèrement en douter. Tout comme il est permis de se demander si cet indigeste excès de propagande nationaliste ne pourrait pas être le fait des frères Weinstein qu'on dit avoir repris en main le montage du film, sûrement afin de s'attirer l'affection de l'académie des Oscars. Manque de bol,
Droit de passage n'aura suscité en définitive qu'une indifférence générale sur son territoire. En toute logique, l'œuvre devrait connaître un sort équivalent à l'intérieur de nos frontières lors de sa sortie en pleine période estivale, après celle très tardive et limitée aux Etats-Unis au début de l'année.
Un sous-Collision sur l'immigration clandestine qui tend à confondre réalisme social avec sentimentalisme pompier. Passe ton chemin, étranger.