Quinze ans après son émigration à Holywood, John Woo revient en Chine pour un film fastueux et spectaculaire.
En France,
John Woo s'est fait connaître, à l'approche de la quarantaine, par des thrillers à la violence vertigineuse dont les combats étaient chorégraphiés tels des ballets (
Le syndicat du crime 1 et
2). Ces films marquent également la meilleure période du brillant réalisateur chinois qui se situe entre 1987 et 1997 (année de sortie du chef-d'œuvre
Volte Face), décennie Hongkongaise mais aussi Hollywoodienne où
John Woo s'est installé dès 1992. Récemment revenu en Chine, il signe avec
Les Trois royaumes, le film le plus cher du Pays (80 Millions de dollars) mais également le plus grand-succès du box-office chinois devant
Les Seigneurs de la guerre sorti en France il y a presque trois mois. Bien que
Windtalkers, les messagers du vent soit un très bon film, les dernières productions de
John Woo,
Hostage et
Paycheck, avaient un peu déçu les fans du metteur en scène. Que ceux-ci se rassurent,
Woo revient aujourd'hui en pleine forme avec son dernier film basé sur la bataille la plus populaire de la Chine elle-même inspirée d'un roman du XIIIème Siècle, « L'Histoire des Trois Royaumes ».

On nous conte ici l'histoire d'une Chine (celle de 208 après J.-C) qui se voit décomposée en trois Royaumes rivaux : celui de l'Empereur Han Xiandi, celui de Shu situé au sud-ouest et gouverné par l'oncle de l'Empereur, Liu-Bei et celui de Wu avec à sa tête Sun Quan. Le Premier ministre Cao Cao (prononcez tchao tchao), fort de ses victoires sur les territoires du Nord, brigue le poste d'Empereur. Pour arriver à ses fins, ce dernier va tenter de réunifier la Chine en attaquant depuis la Forêt du Corbeau, le peuple Shu situé de l'autre côté du fleuve Yantze assis en bas de la Falaise Rouge. Le Royaume Shu réussira à s'allier à celui de Wu pour contrer les forces Impériales constituées de 800 000 soldats et 2000 bateaux. Bien inférieurs en effectifs militaires, les deux peuples devront user de stratégie et de tactiques pour gagner la bataille.
On retrouve dans
Les Trois royaumes les sens du courage, de la loyauté et de l'amitié que
John Woo a toujours prônés dans ses films. Si nous ne sommes plus dans le thriller (ni dans le fantastique à la
Paycheck), on est en revanche en pleine fresque historique avec tout ce que cela suppose comme combats, ruses et alliances. A partir d'une durée initiale de plus de quatre heures et demie, le réalisateur a choisi de remonter son film pour l'Occident et les Etats-Unis en à en réduire la durée à 2h25. Du coup, le film présenté en deux parties dans les pays asiatiques nous est offert d'une traite et c'est peu de dire que c'est un beau cadeau. Pourtant, la première partie qui présente et met en place les différents protagonistes à travers leur visage et leurs finalités n'est pas la meilleure. On met du temps à reconnaître tous les personnages et les emplacements des coupes effectuées par
John Woo sont parfois visibles. Néanmoins, elle n'est jamais ennuyeuse, nous mettant en appétit avec quelques scènes d'action assez violentes qui ne tombent jamais (contrairement à chez
Michael Bay par exemple) dans l'illisibilité.
La seconde partie est, quant à elle, totalement spectaculaire en nous dévoilant une bataille époustouflante de plus d'une heure, menée avec la maestria propre au metteur en scène chinois. Véritable morceau d'anthologie, on en ressort épuisé, lessivé mais heureux d'avoir assisté à l'une des plus belles (qui est aussi probablement la plus longue) scènes de combats vues au cinéma. Les effets spéciaux numériques (lancements simultanés de flèches contre l'adversaire, oiseau survolant les soldats, positionnement des troupes vu du ciel) sont particulièrement réussis et on se dit alors que le passage de
John Woo aux Etats-Unis n'aura pas été vain. D'un réalisme saisissant,
Les Trois royaumes, mélange de faits réels et imaginaires (ceux du roman), prouve que le réalisateur n'a rien perdu de son sens de l'action dont émerge une beauté visuelle incroyable. Un seul conseil : choisissez la salle la mieux équipée de votre région pour apprécier à sa juste valeur l'image et le son de ce film et ainsi vivre une expérience inoubliable.
De retour dans son pays natal, John Woo signe avec Les Trois royaumes un film d'action magnifique dont il nous tarde déjà de voir, un jour, la version intégrale.