Federico Fellini revu et défiguré par le réalisateur de Chicago en cruel manque d'inspiration.
L'effervescence médiatique entourant la sortie française de
Nine n'a d'équivalent que son notable échec public aux Etats-Unis et la douloureuse déception qu'il a pu/peut/pourra susciter chez le cinéphile de base. Regarder le dernier opus musical de
Rob Marshall, c'est se prendre une sévère gifle dès l'introduction qui donne tout de suite le ton et la tendance de l'anecdotique programme à suivre : pendant deux heures, on va s'ennuyer à mourir tout en assistant à la mise à sac d'un chef d'œuvre immortel du 7ème art.
Nine n'est peut-être pas directement le remake en chansons du
8 ½ de
Federico Fellini (il est adapté de la pièce de
Maury Yeston, elle-même inspirée par l'œuvre du maître) mais sa filiation par procuration lui suffit pour entacher tout ce qui faisait la beauté et l'intelligence de cette magistrale réflexion sur le cinéma, la création, l'amour et les femmes…, récompensée à l'époque par un Oscar.
Le spectacle s'ouvre sur l'arrivée de Guido Contini (
Daniel Day-Lewis qui y croit), cinéaste vedette de l'Italie des années 60, en train d'arpenter le plateau de son dernier film dont il ignore la teneur. Torturé par son incapacité à pondre un script que tous ses collaborateurs attendent, le réalisateur s'imagine en compagnie de toutes les femmes de sa vie (la mère, l'épouse, la maîtresse…) qui se matérialisent une à une sur scène devant lui. En une seule séquence, nous comprenons l'ensemble de la mécanique primaire qui va être déployée à l'écran. Qui est qui. Qui va faire quoi. Quels sont les enjeux. Comment ceux-ci vont être amenés… bref en à peine cinq minutes on connaît
Nine comme si nous l'avions nous-mêmes crée. Ça commence plutôt mal. Sans parler de la musique laissant présager le pire et l'apparition d'une
Sophia Loren qui vous file d'emblée le cafard. Car voir une icône de la beauté du siècle dernier complètement charcutée par des vendeurs de jeunesse éternelle à quelque chose de désespérément triste.
Le décor (toujours le même pour tous les numéros musicaux !) est planté, que le carnaval de l'industrie cinématographique commence. Là où Fellini donnait à voir un cirque du réel (ou plutôt d'une réalité parallèle à celle des gens anonymes) dans lesquels acteurs, producteurs, artisans, journalistes… forment la troupe de clowns,
Rob Marshall filme une basse-cour de la frivolité et du matérialisme qu'il admire avec un premier degré désarmant. Le supposé cri d'amour entonné à la gloire du cinéma et de l'Italie se résume à la prestation de
Kate Hudson (partie absente à Broadway) vantant les mérites des films transalpins parce que les comédiens y sont classement vêtus et donnent une image glamour du monde. C'est dire la profondeur microscopique qui anime les cavalcades existentielles de Guido auprès de ses partenaires/conquêtes féminines.
Nous avons alors les ornements d'une tapisserie étoilée (à l'exception de
Penelope Cruz et
Marion Cotillard existant un tant soit peu sur la toile), à l'esthétisme déjà vu et aux chorégraphies de cabaret qu'aucune idée de mise en scène, de gestion de l'espace ou même de rythmique cinématographique ne vient transcender ou surélever de son piédestal bancal. Si on voulait voir un show théâtral on serait allé en voir un, et non cet objet dérisoire, à l'existence inutile et à la créativité sonnant creuse. Vive le cinéma ? Oui mais le vrai, pas ce genre d'artefact qui vous jette des paillettes à la figure pour donner l'illusion du fabuleux et du sublime.
Une ode à la créativité et à l'art pourtant bâtie sur un vide abyssal, un déballage d'esbroufe stylistique, une cacophonie perpétuelle et un parterre de comédiennes sous-employées. On n'est pas loin de l'arnaque.