La franchise vidéo-ludique débarque au cinéma sous l'impulsion de Disney et Jerry Bruckheimer. Sous le sable, la purge ? Pas loin.
Allons très vite à l'essentiel :
Prince of Persia : Les Sables du temps n'est pas l'adaptation rêvée du jeu vidéo homonyme qui ressuscita une franchise vieille des années 80. Même pas une respectable de surcroît - bien que dans ce sous-genre de la production cinématographique il nous a été donné de voir pire. Pas très surprenant venant d'un projet sous l'emprise d'un studio comme Disney et celle du nanab
Jerry Bruckheimer qui n'a rien trouvé de mieux que d'en confier la réalisation à
Mike Newell. Pas un infâme tâcheron mais loin de se coltiner une étiquette de technicien chevronné en matière de cinoche mouvementé (son
Harry Potter confirme cet état de fait). Autant être clair, l'action n'est clairement pas la tasse de thé du réalisateur de
Quatre mariages et un enterrement. On ne s'étonnera donc pas qu'il s'intéresse prioritairement aux querelles du couple vedette construites sur le schéma du "je te déteste moi non plus", davantage que sur les moments de bravoures découpés à la hache et arrangés de façon à rendre le tout faussement virevoltant.
En résumé,
Prince of Persia : Les Sables du temps tient plus de la comédie romantique en costume à 200 millions que du grand film d'aventure oriental promis. Pourtant le premier quart d'heure faisait un tant soit peu illusion lors de la prise d'assaut d'une cité qui prenait la peine de se calquer sur le matériau d'origine et de son écriture scénographique et visuelle. Sans arriver à retranscrire les sensations éprouvées par le gamer, cette introduction laissait à penser que les producteurs avaient au moins pour objectif de faire plaisir aux adeptes de la manette en jouant à fond la carte de la référence (bien qu'elle tend à confondre Prince of Persia avec Assassin's Creed). Estimant que ce court laps de temps suffira à satisfaire la communauté visée, les producteurs font volte/face et se tournent vers leur cœur de cible : les familles. Et c'est là que les choses se gâtent ! Une fois que le récit se met en place pour bifurquer vers un conte des milles et une nuit à l'imagerie de pub pour parfum et dans un esprit disneyen jusqu'aux bouts des ongles.

Certes le prince Dastan a l'agilité et le ressort bondissant d'un chat, il y a la dague permettant à son utilisateur de changer le cours des évènements… toutefois on a plus l'impression de visionner
La Princesse et la grenouille au Moyen-Orient lorsque Jake Gylenhall et
Gemma Arterton fuient au loin les sbires du perfide comploteur Nizam dont l'infamie est révélée bien tardivement alors que la première apparition de
Ben Kingsley ne laisse aucun doute sur la nature perfide (et archi-archétypale) de son personnage. Incongru, tout comme cette grossière parabole sur la guerre en Irak paraît bien futile dans un divertissement de carton-pâte prônant plutôt la légèreté d'esprit et les sorties de secours téléphonées adeptes du « tout est bien qui fini bien ». Sage, policé, balisé,
Prince of Persia : Les Sables du temps fait regretter la manipulation du joystick tant les sous-intrigues et personnages ne donnent pas envie de prolonger l'aventure tout en sonnant faux. Autant que notre héros caucasien ne fait pas illusion en monarque arabe. Une vieille habitude d'Hollywood qui aime à utiliser l'anachronisme racial en faveur du placement de star reconnaissable par un public international. On pourrait en dire de même de
Gemma Arterton, mais sa beauté étant magnifiée à chaque plan (à croire que le chef op est tombé amoureux d'elle), son charme finit par opérer et les deux heures de projection paraissent tout d'un coup moins longues qu'elles auraient dû. C'est tout ce que
Prince of Persia : Les Sables du temps a à offrir. Certains dirons que c'est déjà ça.
Prince of Persia : Les Sables du temps ne conquerra pas le cœur des fans du jeu vidéo d'Ubisoft mais Walt Disney Pictures et Jerry Bruckheimer n'en ont que faire tant que la masse répondra aux sirènes du blockbuster familial stérile (ce qu'elle ne manquera pas de faire). Pour ne pas succomber à la tentation de vous rendre en salle, cramponnez-vous solidement à votre joystick !