Après un passage plutôt timide à Cannes, le dernier film de l'australienne Jane Campion arrive dans les salles françaises.
L'incandescence de la passion et les cicatrices laissées par celle-ci ont toujours été la locomotive du cinéma de
Jane Campion, de
La leçon de piano à
In the Cut en passant par
Holy Smoke. En conséquence, il est peu ou pas du tout surprenant de voir la cinéaste revenir sur le devant de la scène avec un long-métrage reprenant les dernières années de l'existence du poète anglais du 19ième siècle John Kaets. Trois années marquées par sa rencontre et son idylle avec une dénommée Fanny Brawne, avant qu'il ne décède de la tuberculose à l'âge très précoce de 25 ans. Cet homme de lettre mort dans une misère totale et un anonymat artistique ne laisse pas présager à l'époque que ses textes deviendront une référence de la poésie romantique britannique. Mais le travail de l'artiste intéresse moins
Campion (hormis la déclamation complète du poème donnant au film son titre, seuls quelques extraits nous sont proposés), que la fièvre ardente qu'il animait dans le cœur de la jeune femme, séparée de l'homme de sa vie avec lequel elle n'aura jamais pu se lier selon les conventions en vigueur durant cette époque.
Bright Star est donc profondément et strictement un film d'amour tragique (à chaque spectateur/spectatrice de décider si ce terme doit ou non se revêtir d'un côté péjoratif pour lui), attaché aux blessures sentimentales de son héroïne baignées dans un soleil pictural. Magnifiquement photographié par Greg Faiser, doté d'une reconstitution historique pointilleuse,
Bright Star subjugue par l'élégance des images qui se font l'écho de la prose des écrits de John Kaetz. Malheureusement une prose quelque peu endiguée par le confinement du récit dans une atmosphère lourde, enserrée dans un alanguissement émotionnel que seule l'incroyable prestance d'
Abbie Cornish (un seul mot : divine !) parvient à fissurer par une volonté de fer comme son personnage résiste aux diktats de bonne conduite d'une société anglaise enfermée dans ses convictions archaïques des relations homme/femme. L'étoile de
Jane Campion ne brille peut être pas de mille feux, mais grâce à son actrice elle possède un éclat certain.
Une actrice intrigante et des images radieuses sont les meilleurs arguments en faveur de ce drame historique toutefois un peu trop guindé au niveau des sentiments.