Treize ans après Strange Days, Kathryn Bigelow nous revient avec un pur film d'action qui va vous exploser les mirettes et les nerfs.
Hollywood ne s'est pas fait prier pour traiter de la guerre en Irak sous toutes les coutures. Abordéd de manière frontale ou utilisée comme simple toile de fond, drame lacrymal, film de guerre pacifique ou œuvre quasi expérimentale, … les titres abondent. Mais bizarrement, le cinéma d'action ne l'a qu'épisodiquement (pour ne pas dire jamais) exploré alors que l'actuel conflit est un territoire rêvé pour cela. Sûrement parce que prendre un contexte en prise directe avec une actualité encore sensible pour l'observer sous le viseur d'un genre cinématographique ne pouvant que tenir du spectacle décérébré (ce que beaucoup d'intellectuels pédants pensent) aurait été mal considéré par l'opinion publique. Voilà pourquoi
Le Royaume,
Mensonges d'état et autres divertissements se sont géographiquement éloignés de la zone de combat pour l'examiner de loin. Pour son grand retour à la réalisation, après six longues années de silence (et les échecs consécutifs de l'honorable
K-19 et du pas terrible
Le Poids de l'eau),
Kathryn Bigelow ne fait pas sa mijaurée et entre de plein-pied dans le vif du sujet avec une bobine d'action, une vraie de vraie élevée au bon grain.
Comme l'indique son nom,
Démineurs (bravo à la traduction française de
The Hurt Locker, plus réducteur que ça tu meurs) suit le quotidien d'une section militaire américaine de… déminage, postée à Bagdad. Leur « routine » ? Tenter d'intervenir à temps pour désamorcer les cadeaux explosifs laissés par les insurgés locaux (le mot terroriste n'est pas une seule fois prononcé et c'est tant mieux !), tout cela bien sûr au péril de leur vie. Un job précaire dont se satisfait le sergent-chef William James (
Jeremy Renner impec), soldat trompe-la-mort et véritable casse-cou ne trouvant que l'excitation et une raison de vivre dans sa mise en danger, contrairement à ses obligations monotones d'époux et de parent qu'il fuit en s'exilant de son pays. Certains se shootent aux substances illicites, les personnages de
Bigelow prennent leur panard à l'adrénaline pure, comme des gosses en mal de sensations fortes en attendant l'assagissement de l'âge adulte. Ce que sont en définitive les Etats-Unis, une nation adolescente ayant atteint les limites de son expansion depuis qu'elle a rejoint les deux extrémités de ses frontières terrestres. L'Amérique s'est construite dans toute sa grandeur sur la conquête de l'Ouest et du contrôle de sa nature sauvage. Que faire une fois que l'objectif est rempli ? Qu'il n'y a plus d'espace à conquérir ? Se trouver des ennemis à défaire. Le compte à rebours apparaissant épisodiquement pour constater du temps de service restant aux soldats donne l'impression d'un aller droit vers le mur plutôt qu'une libération qui ne mènera à rien sinon à une remise à zéro des compteurs d'un immuable cercle vicieux. Que faire sinon d'abord l'accepter.
Kathryn Bigelow l'assume parfaitement et ne craint pas de se servir d'une imagerie pseudo « réaliste » qui colle au plus près de ses personnages et de leur doutes, pour l'imbriquer dans une trame tout ce qu'il y a de fictionnelle, jonchée de moments de bravoure au suspense qui ne laissera aucun instant de répit malgré le minimalisme de certaines scènes prenant à contre-courant les attentes (tous les comédiens un tant soit peu reconnaissables par grand public sont réduits à des participations furtives).
Démineurs, c'est de la dynamite démontrant que ce n'est pas l'importance de la déferlante de pyrotechnie balancée au visage mais bien de la manière d'impliquer le spectateur pour que la tension le réduise en miette, qu'il soit soufflé par une mise en scène perpétuellement en réinvention, en complète fusion avec son propos sur l'addiction à la guerre, qui fait un film. La guerre est une drogue, c'est exact puisque nous somme complètement acros devant la virtuosité projetée sur l'écran. Un retour gagnant et le plus beau actionner de l'année… en attendant le plus virtuose avec
Avatar de
James Cameron. Tiens, tiens le duo gagnant de
Strange Days. Coïncidence ou simple logique ?
Ce sont parfois les sujets les plus galvaudés qui permettent l'innovation artistique surtout entre les mains expertes d'une cinéaste comme Kathryn Bigelow qui livre une bombe armée aux sensations fortes pour marquer son grand retour aux affaires. Du cinéma qui sent l'homme avec une sensibilité féminine. Le pied total !