Avec La Princesse et la grenouille, Walt Disney Pictures réinstaure la production de films d'animations en 2D. Faut-il s'en réjouir ?
L'avènement de l'animation en 3D à Hollywood aura eu comme effet collatéral de bannir complètement sa grande sœur la 2D des salles obscures en une poignée d'années. Des salles oui, mais pas totalement dans le cœur des spectateurs. Pixar a beau nous ravir continuellement avec ses images générées par ordinateur, nombreux sont ceux qui regrettent le temps où l'expression « dessin animé » avait encore un sens. Genre dans lequel
Walt Disney, et sa compagnie, fut l'un des maîtres pendant plusieurs décennies. « Fut » car il ne faut pas oublier que si la deux dimensions s'est fait voler la vedette c'est aussi parce que sous le joug de Michael Eisner, la société derrière l'effigie de Mickey Mouse n'était plus capable d'émerveiller son public (
John Lasseter et sa bande y pourvoient maintenant), à grande salve de produits marketing sans âme sentant continuellement le réchauffé. Lourde tâche qu'est donc celle de ce
La Princesse et la grenouille qui de par son retour affiché à la 2D (son argument de vente principal), doit permettre à Disney de rappeler ses hauts faits de gloire sans réitérer les erreurs passées pas si lointaines. Mission accomplie ? A moitié seulement.

Il y avait pourtant matière à réussite dans ce détournement du conte des frères Grimm (le « Roi Grenouille ») replacé ici dans les décors chaleureux de la Nouvelle-Orléans, berceau du jazz où vit Tiana, une jeune femme issue des quartiers pauvres noirs qui multiplie les boulots ingrats pour pouvoir s'offrir le rêve de son défunt père : un grand restaurant select. Durant un bal costumé, elle est abordée par une raine parlante n'étant autre que l'arrogant prince Naveen, seigneurie aussi fauchée que les blés, victime d'un sortilège vaudou concocté par le Dr Faciliter. Si le doux baisé d'une aristocrate peut redonner son apparence d'humain à un héritier souverain, celui d'une roturière de condition modeste ne pourrait-il pas avoir un effet inverse et la transformer en un mets pour français gastronome ? Un point de départ qui se serait montré efficace s'il avait été traité sur la longueur et non réduit à un simple MacGuffin fantastique permettant d'imbriquer une accumulation de péripéties linéaire assez fainéante car extrêmement schématique dans ses tenants et aboutissants, et dans la personnalité des protagonistes condensés au fur et à mesure dans le moule disneyen.

Tiana à beau être la première princesse black de l'écurie
Walt Disney Pictures, son amie blanche la parfaite caricature consciente d'une génération de petites filles élevées dans l'illusion d'un bonheur superficiel, préfabriqué et justement délivré par l'usine à rêve,
La Princesse et la grenouille ne prend finalement aucun risque. Entre deux tentatives de survie dans les marais et deux rencontres avec des autochtones bêtes mais amicaux, notre duo de grenouilles arrivera à ses fins tout en brisant peu à peu la glace qui freine l'ardeur de leur passion naissante. Toutes les pistes intéressantes citées en début de paragraphe finissent rapidement par être abandonnées en cours de route (il est vrai qu'on se perd vite dans le Bayou), rangées dans des cases prédéfinies accompagnées d'un humour peu imaginatif lui aussi (les petits s'esclafferont, c'est déjà ça). Sans être ennuyeux,
La Princesse et la grenouille se regarde d'un œil distrait, plus occupé à apprécier les jeux de lumière et les saillants traits de crayons des animateurs (visuellement c'est joli on ne peut pas arguer du contraire) qu'à suivre un récit n'exploitant que sous forme de tableau son cadre géographique et historique. C'est dans les vieux pots qu'on fait les meilleures soupes dit-on : ça se vérifie parfois, sauf quand la recette n'est que du réchauffé.
Ceux qui voulaient revenir à du Disney classique jusqu'à la note près seront aux anges, les autres feront plutôt grise mine devant La Princesse et la grenouille, qui ne fait que cultiver la nostalgie de l'héritage … et pas toujours le bon.