Angelina Jolie recherche à tout prix son fils disparu dans ce magistral drame signé
Clint Eastwood.
Président du dernier festival de Cannes,
Sean Penn déclarait que son désir concernant la Palme d'Or serait de récompenser un film en connexion avec le réel et le monde actuel. Pourquoi ne l'a-t-il pas alors offert à son ami
Clint Eastwood et son fabuleux
Echange plutôt que de lui octroyer un timide prix spécial du 61ème festival de Cannes pour l'ensemble de sa carrière ? Le comédien a-t-il craint les foudres des critiques, les allusions à sa proximité avec le réalisateur de
Mystic River auquel sa participation lui a valut un Oscar ? Faut-il alors en déduire que le lien entre ce récit d'un fait divers criminel situé dans les années 20 et la récente actualité américaine lui a totalement échappé ?
Il y est pourtant question d'une institution corrompue, despotique, incompétente et dissimulatrice de ses bavures et de ses mensonges auxquels elle a souvent recourt. Comme avec une certaine guerre du Moyen-Orient, l'histoire de
L'Echange débute par une escroquerie. Celle de la police de Los Angeles annonçant la restitution d'un enfant disparu depuis 5 mois à sa mère Christine Collins, femme célibataire méritante, complètement anéantie depuis qu'on lui a retirée la chair de sa chair. L'événement a lieu sur le quai d'une gare, la génitrice ne peut s'empêcher d'accourir vers la silhouette enfantine en queue de train, et là c'est la stupeur : « Ce n'est pas mon fils » déclare t-elle de but en blanc. Normal le petit angelot se tenant face à elle, n'est pas son Walter. Le spectateur en est témoin (il a vu le vrai suffisamment longtemps lors de l'intro) et peut assurer de la bonne santé mentale de la demoiselle s'acharnant à demander la poursuite des recherches. Une plaignante des plus gênantes pour les autorités de la ville, ne connaissant pas une popularité publique des plus folles. Folle, l'explication toute trouvée pour expliquer cet insatiable refus d'admettre la vérité (officielle) et il n'en faut pas davantage pour qu'elle se fasse envoyer séance tenante dans un établissement psychiatrique.
En grand maître du classicisme hollywoodien qu'il est devenu avec le temps,
Clint Eastwood évoque hier pour mieux parler d'aujourd'hui, fait d'un individu le fer de lance d'une nation réclamant justice et honnêteté envers leurs élus. Sans une séquence, une ligne, un mot, un plan, un mouvement, une note de trop, le metteur en scène de l'épure moderne construit à nouveau un objet proche de la perfection technique et narrative dans une œuvre pluri-thématique foisonnante : on saute du thriller au drame avec une aisance déconcertante, du portrait fouillé et précis d'un personnage à l'admirable représentation de la Femme dans la société d'entre-deux-guerres … tout cela dans un même élan parfaitement synchronisé.
Mais dire que
L'Echange est orchestré comme du papier à musique ne serait pas correct car cela reviendrait à parler d'une mécanique froide et impersonnelle, dénuée de la moindre parcelle d'émotion. Si tel était le cas, comment ferait-elle pour nous faire frémir à la vue d'une simple hache plantée sur un tronc (pronostiquant sur l'éventuel sort malheureux du garçon), nous saisir ainsi les tripes et le cœur dès qu'une larme s'écoule le long de la joue d'une
Angelina Jolie glissant naturellement de la fragilité affective à l'animalité indestructible. Que ce soit à travers son regard perçant évocateur de sa force intérieur ou dans ses cris déchirants de désespoir, la comédienne porte le film de bout en bout. Devant cette démonstration de talent, qui aurait pu blâmer
Sean Penn s'il avait su donner la suprême gratification à qui de droit ? Un aveugle sans doute.
Beau, émouvant, politique, sociologique, esthétiquement maîtrisé, classique et moderne à la fois … difficile de trouver un quelconque défaut à cette œuvre complète, menée de main de maître par Clint Eastwood. Et le mieux c’est de se dire que Gran Torino sera bientôt là.