Deuxième partie d'un diptyque finalement loin d'être inintéressant, mais assez décevant, sur Ernesto Che Guevara.
Entre
Che - 1ère partie : L'Argentin et
Che - 2ème partie : Guerilla, il y a un trou de plus de sept ans. Sept années durant lesquelles, suite à la défection de Batista, Ernesto Che Guevara devient tour à tour procureur d'un tribunal révolutionnaire, ministre du nouveau gouvernement socialiste cubain, puis abandonne ses fonctions d'homme d'état pour continuer son combat idéologique au Congo. Un passage important dans sa vie et une période noire reflétant les zones d'ombres se dissimulant derrière l'icône vivace, que
Steven Soderbergh - en connaissance de cause - choisit de totalement occulter pour mouvoir directement sur l'épisode fatal de la Bolivie, où l'homme comptait y reproduire le schéma guerrier cubain et démanteler la dictature en place.
Ainsi, par cette option prouvant définitivement que le mythe demeure intouchable, le réalisateur délimite le périmètre de son diptyque, ne se laissant pas beaucoup de marge d'action (le personnage et presque rien d'autre) pour un programme dépassant les quatre heures de projection : le premier était placé sous le signe de la victoire, le second celui de la défaite. Pour marquer la différence, le style graphique change : d'une caméra posée et reculée, on passe à un filmage à l'épaule, à une photographie précédemment solaire se substitue une coloration plus granuleuse, plus ombrageuse… Un style plus proche, plus serré à sa figure héroïque comme l'échec et la poisse accroché à son train, comme l'étau militaire se resserrant implacablement autour de lui.
Cependant si
Che - 2ème partie : Guerilla sème l'écart de l'intimisme radical, loin de toute tonalité romanesque, il continue de cultiver les mêmes défauts, à savoir de toujours porter un regard extérieur sur la sensibilité du contestataire, ne facilitant pas émotionnellement la tâche du spectateur, ayant quelques difficultés à comprendre et à appréhender les émois d'un
Benicio Del Toro (qui n'a vraiment pas volé son prix d'interprétation cannois) car ne possédant pas toutes les cartes du jeu pour le faire. Une meilleure description du contexte politique, réduit ici au minimum, aurait apporté un peu d'eau au moulin narratif du film qui en l'état tourne longuement en rond (rien n'évolue) jusqu'à une conclusion forcément sans surprise.
Une fois l'œuvre complète digérée, on en vient à se demander si l'on a appris réellement quelque chose sur l'humain derrière le symbole, si elle nous a ouvert des horizons sur cette période et ses enjeux souterrains (l'implication du gouvernement américain dans sa traque et son exécution reste timide). Réponse : très peu. On salue tout de même la dextérité, la persévérance (une décennie de développement tout de même !) et le courage de
Steven Soderbergh d'avoir été coûte que coûte jusqu'au bout de son concept, refusant la facilité et les raccourcis caricaturaux du biopic hollywoodien.
Au même titre que l'épisode précédent, Che - 2ème partie : Guerilla s'avère une petite et tenace déception. Soderbergh effleure avec tact son sujet sans jamais le prendre à pleine main. Dommage, l'interprétation de Benico Del Toro méritait un écrin à la hauteur de son talent.