Toujours aussi siphonné, le capitaine Jack Sparrow est de retour. Cette fois, il recherche le Coffre du Mort…
Au tout début de l’été 2003,
Jerry Bruckheimer était en passe de devenir la risée du tout Hollywood. Et pour cause, alors que depuis près de 20 ans les films de flibustiers de tous bords (du
Pirates de
Roman Polanski à
L’Ile aux Pirates squattée par
Geena Davis) avaient été de véritables sacrifies du box-office, l’homme qui fait exploser les décors plus vite que son ombre décida de ressusciter le genre. Derrière la camera,
Gore Verbinski (le réalisateur responsable de
La Souris, ne l’oubliez jamais). Devant la camera,
Johnny Depp déguisé en drag-queen barbue, un freak hollywoodien qui n’avait alors jamais plu qu’aux européens,
Orlando Bloom sans perruque blonde ni oreilles pointues, et une gamine britannique à peine sortie de la puberté dont personne n’avait jamais réussi a prononcer le nom. Quelques centaines de millions de dollars plus tard, le film est un carton,
Johnny Depp accède (enfin) au statut de star,
Orlando Bloom avait conquis les ultimes minettes qui ne lui avaient pas encore succombé, et
Keira Knightley était reconnue comme l’un des plus grands espoirs féminins des années a venir. C’est alors que
Jerry Bruckheimer eut une idée de génie : « et si on en faisait une trilogie ? ». Bien vu Monsieur Caisse-Enregistreuse. Sauf que, manque de bol, pour bâtir une franchise de qualité, il faut du talent et une équipe investie. Et cette fois-ci, outre un
Johnny Depp qui semble n’avoir jamais été aussi heureux de sa vie, on se demande bien qui n’a pas resigné pour le simple (mais tentant) plaisir de voir s’ajouter un 0 à son compte en banque.
Soyons honnêtes, la semi-réussite du premier épisode tenait surtout à l’incroyable performance d’un
Johnny Depp incontrôlable qui volait la vedette à ses partenaires, à l’histoire et au film lui-même, avec une incroyable évidence. De personnage secondaire, son Jack Sparrow était soudain devenu l’unique raison de voir le film. L’ayant malheureusement compris,
Jerry Bruckheimer décide de changer de héros. Tant pis pour le gentil Will Turner,
Pirates des Caraïbes, le secret du coffre maudit sera centré sur le capitaine déglingué. Vous vouliez du Jack Sparrow ? Vous allez en avoir. Le principe de cette suite consiste en fait à surexploiter outrancièrement tout ce qui avait sauvé le faible potentiel du premier épisode. On aura donc droit à 2h30 de batailles épiques (ou presque), d’explosions en tous genres (ah Jerry, quand tu nous tiens…), d’
Orlando Bloom en chemise blanche humide moulée sur son torse en plastique, d’amûûûûr pour la vie, de méchants pirates maudits, et de Jack Sparrow partout, dans tous les plans. Jusqu’à l’indigestion. Et quand même
Johnny Depp ne peut plus sauver un film, c’est grave.
Le mot exact pour décrire ce nouvel opus serait « trop ». Trop long tout d’abord. Si les faiblesses de rythme du premier épisode avaient été passablement camouflées (encore une fois, merci Jack), elles sont ici cruellement ressenties. Trop d’action ensuite.
Gore Verbinski filme avec ses pieds des scènes brouillonnes et laides, dont on ne sauvera qu’un plaisant trio à l’épée. Les décors volent en éclats à tour de bras, et l’on nage dans un n’importe quoi absolu. Quant à l’histoire, je mets au défi quiconque de la comprendre entièrement dès le premier visionnage. En 2h30,
Pirates des Caraïbes, le secret du coffre maudit tente de racheter les contre-sens de son aîné, tout en accumulant encore plus d’incohérences. L’intrigue est si fumeuse que l’on finit rapidement par se demander qui cherche quoi pour sauver qui, étant donné que les deux principaux intéressés semblent fort bien se sauver tous seuls. Mais comme apparemment tout le monde s’en fout, on regarde le reste du film sans broncher, jusqu’à l’imbécile twist final, qui nous laisse sur un cliffhanger à peu près aussi exaltant que la vision d’un poisson rouge dans son bocal. C’est d’ailleurs probablement cette impression finale que nous laissera ce second opus. Celle d’avoir observé avec curiosité et presque intérêt, des gens très agités remuer sur un écran. Ca fait passer le temps, ca peut se regarder en accéléré, c’est rapidement fatigant, ca peut peut aussi fort bien s’oublier. Vous savez quoi ?
Superman Returns passe toujours dans la salle d’à côté. Un Orlando Bloom désagréable au possible, une Keira Knightley qui hurle, un Johnny Depp même pas drôle, beaucoup de bruit et un script incompréhensible. Peut éventuellement être intéressant si vous voulez profiter de la climatisation de la salle.