Le conte de Roald Dahl adapté par l'auteur de La Famille Tenenbaum et Rushmore. Fantastique, n'est-il pas ?
Voir le réalisateur
Wes Anderson s'essayer au cinéma d'animation a quelque chose d'inouï et demeure en même temps une causalité terriblement logique. Pas seulement parce que son
La Vie Aquatique possédait une poignée de séquences animées par
Henry Selick (
Coraline) mais parce qu'il apparaissait que plus sa filmographie allait en se développant, plus la réalité physique du monde allait devenir une barrière créatrice pour son univers cinématographique singulier. La preuve en est ce
Fantastic Mr. Fox qui, loin d'être la parenthèse enchantée dans la carrière du monsieur, en constitue une sorte d'aboutissement artistique.
Wes Anderson ne tente donc pas un passage au cinéma d'animation, il le réussit pleinement avec une adaptation en stop motion du roman de Roald Dahl (
Charlie et la chocolaterie pour ne citer que le plus connu) prenant pour héros l'animal rusé du titre, un détrousseur de poulaillers comme nul autre. C'est alors que survient sans prévenir la paternité pour notre animal insouciant des dangers de sa profession, l'obligeant à se reconvertir dans un emploi de pigiste dans une gazette ignorée de son voisinage. Une retraite qui sera de courte durée puisque Renard ne résistera pas à l'opportunité de délester les trois gros fermiers du coin de leur production agricole. Ridiculisés par les vols à répétition, ceux-ci vont répliquer en attaquant l'arbre où lui, sa femme, son fils « spécial » et son neveu parfait ont élu domicile. Très vite, c'est toute la communauté animalière de la région qui est touchée. Dès lors, il revient à Renard de régler la situation et de calmer le mécontentement de ses compatriotes traqués sous terre.
Que les fans indécis se rassurent, ceux-ci trouveront dans ce
Fantastic Mr. Fox tout ce qui leur ont fait aimer l'œuvre de
Wes Anderson, sinon davantage : son goût de l'humour figé et des situations absurdes (irrésistible), sa poésie follement douce d'un éternel adolescent mis face à ses responsabilités d'homme (enfin de renard adulte pour le coup), sa galerie de personnages hauts en couleur (servis par un casting de voix originales aux petits oignons), et la récurrence de l'échec et du talent caché dépliée en filigrane… Si la forme d'incarnation change, il n'est nullement question de dépaysement. On pourrait même arguer qu'Anderson barbote comme un poisson dans l'eau aux côtés de ses marionnettes se déplaçant à la lenteur des prises de vues photographiques. Son récit et sa narration n'ont jamais été aussi clairs et précis, s'appuyant sur une lecture plus facile d'accès pour une audience plus large.
Avec
Fantastic Mr. Fox, le cinéaste démocratise son travail, s'ouvre à un vaste public (le fameux de 7 à 77 ans) sans renier ses ambitions (et pour cause : ce film est techniquement son plus ambitieux) et sa vision d'un monde farfelu et nostalgique (doublé d'un charme rétro à l'image de
A Bord du Darjeeling Limited) qui n'a pas besoin d'expliciter les règles (s'il y en a) pour qu'un spectateur lambda puisse en saisir toute la fibre singulière et émotionnelle qui l'anime. Rester le même jeune et libre gaillard tout en évoluant, n'est-ce pas la trajectoire maintenue par cet irrésistible Renard et la définition toute trouvée de l'évolution d'un artiste tel que
Wes Anderson ? Si, assurément.
En pleine possession de son art, Wes Anderson signe un long métrage délicieusement insolite, en-dehors des modes et du temps.